blog will be achieved during my next trip to kathmandu.
Thank you for your patience.
é. jazz
like a monkey'n nepal - a way to trek
nepal - 22.07 / 19.08.2010
mardi 14 septembre 2010
lundi 16 août 2010
16.08 - stand by
n,ayant pratiquement plus d,acces internet, il ne m,est plus possible d,alimenter le blog normalement, mais :
- de tres belles interviews sur hindouisme, bouddhisme, tantrisme
- mini reportage ds un bidonville au centre de ktm
- plusieurs jours ds une "clinique" de medecine ayurvedique (ayurveda = "science de la vie")
- meilleure comprehension des tankas et mandalas
des que possible textes et photos !
a tres bientot pour la suite et fin,
eji
- de tres belles interviews sur hindouisme, bouddhisme, tantrisme
- mini reportage ds un bidonville au centre de ktm
- plusieurs jours ds une "clinique" de medecine ayurvedique (ayurveda = "science de la vie")
- meilleure comprehension des tankas et mandalas
des que possible textes et photos !
a tres bientot pour la suite et fin,
eji
lundi 9 août 2010
09/08 - j.18 - shiva et bouddha sous la pluie
Lever 7h pour un « raid » photo dans le plus important centre hindou du népal : pashupatinath. - j'ai dû ouvrir moi-même les portes pour sortir, le "gardien" étant absent.
Hier soir, le mangaer de l’hôtel n’était pas certain, lui, que les indiens « oranges » y seraient encore ; et ce matin, mon taxi m’affirme qu’ils y seront mais qu’ils seront aussi ailleurs.
Bref je tente le coup.
Il pleut.
N’ayant encore rien avalé, mon taxi m’ayant à peine déposé, je commence par boire un massala thé avec un grand beignet au riz dans une gargote minuscule. Tout ici me rappelle l’inde.
Arrivée devant le centre, animation des grands jours ! Il faut d’abord parcourir une longe allée bordée de chaque côté par les échoppes souvenirs, paniers de fleurs ou d’offrandes, … des clochards, nombreux lors des fêtes, font la manche. Et il pleut, il pleut … je protège comme je peux mon 7D.
C’est lundi et des centaines de femmes ou plus font la queue, les pieds dans la boue et sous la pluie, pour avoir accès au gigantesque temple de Shiva. Mais beaucoup d’hommes participent à ce rituel – à moins qu’ils ne soient là pour d’autres raisons.
Le lieu saint occupe l’équivalent de plusieurs terrains de football. Traversé par une riviève qui se jette au loin dans le gange, le lieu est aussi un « petit bénarès » où l’on fait des crémations. Sous la pluie et sur le même côté de la rive, l’un ou l’autre enfants plongent et jouent dans l’eau brune, en amont du lieu de crémation avec ses marches.
Des dizaines de saddouhs ; des brahmines à l’entrée de chaque petit temple ; des arbres immenses lourds de pluie qui les recouvre ; des singes ; la cohue …
Mais avec cette pluie, l’atmosphère est encore plus atemporelle. Les indiens « oranges » sont là aussi, pieds nus et sans habits contre la pluie. Certains groupes s’en vont, d’autres arrivent. Je me promène d’un coin à l’autre pour les photos – dans un coin, très discret, je remarque un jeune couple d’étudiants comptant fleurette. – c’est le second que je vois depuis mon arrivée – le premier, c’était le soir, dans une semi-obscurité, sur un grand toit plat protégeant des échoppes ; je les ai vu depuis le resto où je dînais.
La pluie, les arbres immenses au dessus de dizaines de temples minuscules – la plupart abritant un Shiva linga – , une crémation saisissante, la cohue multicolore et insensible à l’eau qui tombe … forment un cadre tout à fait inhabituel, hors temps, hors lieu, magique.
Après 2h de photos et un nouveau thé pour me réchauffer, je monte dans le taxi pour me rendre à l’autre temple où j’aurais la chance de voir – j’espère – cette étrange et inexpliquée fête de Shiva pour laquelle on vient même de l’inde – mais je comprends finalement que ce lieu est, lui, à 5km de la ville. Demi-tour donc et lent retour vers patan dans le trafic qui s’est réveillé.
Flor est arrivée la veille ; nous nous retrouvons pour dîner à la terrasse du palais terrasse. Nous retrouvons là – coïncidence – d’autres amis (italiens) de flor et l’une de ses connaissances à kathmandu, un népalais joaillier. Nous passons tout le début de l’après-midi à deviser sur la terrasse.
Puis Suman – c’est le nom du joailler – nous propose de nous faire faire une petite promenade dans patan puis d’aller prendre un verre à son atelier.
Nous nous arrêtons tout d’abord au golden temple bouddhiste. Suman nous explique alors d’autres aspects que j’ignorais encore. A titre personnel, il est « rattaché » à ce temps – un peu comme les chrétiens à leur église du village, mais aussi parce que ses ancêtres ont participé à l’ouvragerie en or de ce temple.
Lequel appartient à la mouvance « vajrayāna », historiquement la troisième dans l’histoire du bouddhisme ; mouvance fortement imprégnée de tantrisme. Son symbole fort - le « vâjra » à la forme symbolique de la foudre et on retrouve ce symbole partout dans les temples et … échopes de patan et kathmandu. Mais Suman lui-même appartient à la première école du bouddhisme, celui du « petit véhicule ».
Comme une pluie diluvienne s’abat alors, nous nous abritons dans l’une des pièces du temple, attendant que ça passe – et j’en profite pour quelques photos.
La pluie cessant, nous nous mettons en route tout d’abord pour l’appartement personnel et familial de Suman. Nous y arrivons en traversant plusieurs cours d’immeubles - certains aux façades admirables, et la cour abritant un à deux stupas de pierre – et en empruntant des passages très bas pour passer d’une cour à l’autre. Autre vue sur patan …
Nous arrivons enfin dans la cour de l’immeuble de Suman : les fenêtres sont boisées dans le plus pur style newar. Silence total en ces lieux.
Nous montons à l’étage après avoir enlevés nos chaussures et là je comprends que les népalais sont vraiment petits : la hauteur sous plafond des appartements des maisons « anciennes » ne dépasse pas 1,6m de haut ! On est bien obligé de s’asseoir … !
Enfin nous nous rendons à l’atelier de Suman. C’est en réalité, dans patan toujours, un très bel immeuble de plusieurs étages : son bureau et, sur 2 niveaux, les ateliers de ses créations.
Appartenant à une famille d’artisans des métaux, Suman a retrouvé au japon une ancienne technique d’alliages de métaux distincts (cuivre et argent, par exemple). Il fait l’essentiel de son business avec le japon (où il se rend 1 à 2x par mois). Son label a la même « quote » que cartier, montblanc, … Et effectivement, les photos que nous voyons témoignent d’un savoir-faire extraordinaire.
Nous restons très longtemps à discuter (art, philosophie, joaillerie, religion, …) dans son bureau, buvant du thé au lait et écoutant de la musique népalaise – des amis de Suman, musiciens.
Puis Suman nous emmène dîner à une très bonne adresse – resto proposant, outre la table et un bar, concerts hebdomadaire et librairie (renseigné dans le Routard comme étant une des meilleures adresses de patan). Nous nous installons dans la petite cour pavée.
Au fil de ces heures de discussion, j’apprends entre autres que le m2 constructible à kathmandu est aussi élevé qu’à manahatan ; que certains petits appartements de patan se louent à 1000 ou 1200 euros (et d’autres davantage) – mais il en est aussi à 80 ou 300 euros ; les 2 fils de Suman étudient en inde ; sa fille a pris l’allemand comme langue étrangère (dans son lycée de patan) et partira prochainement plusieurs mois en Allemagne. Suman est membre du rotary. Discussions autour de la politique, de l’instabilité actuelle du gouvernement. Evénement : le parti maoïste, qui n’est plus majoritaire, a voulu, il y a quelques semaines, montrer sa force en rassemblant des milliers de partisans. Suman et d’autres ont voulu montrer aux maoïstes qu’ils n’étaient pas les seules en politique : à l’aide de facebook, du portable et des textos, ils ont réussi à rassembler en très peu de temps un nombre encore plus grand de personnes dans kathmandu … En gros, les népalais sont dégoûtés par la politique …
Nous parlons aussi du pays, lieux à voir, quand, comment, …
Je retiendrai avant tout que Suman est un bouddhiste fervent ; et que dans le bouddhisme aussi, des évolutions se font jour. Le « clan » bouddhique auquel appartient Suman est le même que celui auquel appartenait le bouddha. Or ce clan a des règles extrêmement strictes en matière de mariage – interdiction formelle de « mélanger les sangs », quitte à épouser sa sœur. Mais il y a peu, lors d’une fête donnée au golden temple, suman et d’autres ont tenu à ce que puissent se joindre à la cérémonie tous ceux qui, aussi fervents, n’étaient pourtant pas de ce clan. D’après lui, dans une ou deux générations, ces anciennes interdictions n’auront plus cours.
Certes, hindouisme et bouddhisme sont étroitement « mixés », mais chacune des 2 religions ne perd pas son identité profonde – et dans le passé, l’hindouisme sut se montrer répressif. C’était il y a fort longtemps : les hindous avaient voulu obliger les bouddhistes à pratiquer un rituel de sacrifice animaux. Les bouddhistes avaient refusé et … avaient réussi à trouver le compromis en sacrifiant … des œufs.
Fin de sortie à 21h30 … Les népalais se couchent tôt – l’animation dans les rues est finie vers 20h, et il y a comme un couvre-feu officieux à partir de 22H - et se lèvent tôt – 5h pour Suman qui commence ces journées par une heure de tennis.
Quant à moi, après cette journée très imprégnée de bouddhisme, je ne sais pas encore à quelle heure je me lèverai demain, j’ai diverses possibilités et il me reste encore un peu de temps ce soir pour me décider … mais je m’endormirai bercé par le souvenir de la pluie sereine du golden temple et le rythme d’un autre temps de ces douces percussions népalaises.
samedi 7 août 2010
06,07,08/08 - jj. 15, 16 et 17 - himnalaya
TEXT & PICTURES COMING - frequent electric & internet problems
L’essentiel du destin du népal se joue à kathmandu et dans la vallée du téraï, centre économique.
Si je me fie à ce que j’ai vu à kathmandu, cette ville à présent en plein processus de mégapolisation enterre, définitivement, le charme que les hippies ont pu lui trouver.
Bandipur : petit village newar au sommet d’une colline – environ 1000 m d’altitude – d’où l’on peut voir une bonne portion de la chaine himalayenne.
Je suis venu pour ça. Le « routard » invite les chercheur d’authenticité à se dépêcher car les choses y changent rapidement. Effectivement ; et entre 2009 (année de publication de mon guide) et 2010, le village a encore évolué. Aujourd’hui, c’est une zone d’un projet d’écoculturel. Il n’est plus permis d’entrer avec un quelconque véhicule dans bandipur.
L’axe central est fort joliment pavé ; à peu près tous les rez de chaussées des maisons de cet axe se sont transformées en petites épiceries ou terrasses ou les 2 à la fois. Les guest houses se sont ouvertes ; aux alentours, des guest houses sont en construction.
Le village est donc au milieu du gué, en pleine transition. Ce qui n’est pas sans un aspect à la fois comique et curieux.
Dans l’une de ces échoppes, je demande deux paquets de cigarette mais le vendeur ne m’a pas compris et a tiré, de son paquet ouvert, 2 cigarettes.
J’ai dû faire 4 échopes avant de trouver un briquet.
Dans le seul endroit d’où l’on peut passer un coup de téléphone, on m’a répondu que je devrais repasser « après 20h » - ce qui n’a aucun sens pour moi qui loge à 1000 m du village – le chemin n’est pas éclairé et, ici comme ailleurs, la nuit réveille les chiens.
Si quelques enfants m’ont spontanément demander de les prendre en photo (en échange de « pens » ou, à défaut de roupies ou de chocolat), d’autres ont déjà attrapé le bon réflex : à votre vue, ils vous lancent un très direct « give me money ».
La majorité des habitants vivent encore en paysans qu’ils sont, principalement, d’après ce que j’ai vu, de la culture du maïs.
J’ai cru sentir une différence entre les adultes « paysans » et les adultes « en échoppe », les premiers très simples et charmants ; les seconds même pas aimables. Ca signifie peut-être peu de choses, et je ne sais comment comprendre cette façon apparemment très désinvolte de se rapporter au client. Mais en tout cas, chacun de ces échoppiers attend (comme de juste) un apport financier, sans plus, et sont tout juste en train de découvrir ce « métier » pour lequel ils n’ont jamais été formé par qui ou quoi que ce soit. Je ne doute pas que ça viendra avec le temps et que ce village deviendra un jour une vraie petite bourgade touristique tout comme il faut, pour ses maisons et pour sa vue imprenable sur le toit du monde.
Si le village est bien sûr aussi pittoresque et charmant que l’on voudra – j’aime beaucoup l’architecture des maisons traditionnelles – ses habitants m’ont paru offrir le paradoxe d’avoir eux-mêmes à vivre une transition comportementale, une adaptation à une réalité totalement neuve pour eux : le commerce, l’économie touristique. Le village est juste à l’articulation de l’ancien (toujours bien visible, dans l’architecture comme dans les comportements) et du nouveau – mais le « nouveau » n’est pas encore établi dans les mœurs – sauf, m’a-t-il semblé, chez le seul bistrotier offrant un accès wifi. – et une tasse de nescafé à 40 rps, ce qui est cher pour ce pays.
Ce que j’ai vécu à mon hôtel n’est pas moins … pittoresque.
A mon arrivée à la réception, le réceptionniste a regardé très longuement s’il lui restait une chambre single – manifestement, il en restait beaucoup. La mienne n’avait sans doute pas été habitée depuis fort longtemps – cela dit elle était tout à fait propre et d’un standing supérieur à celui de ma guesthouse. Mais là comme ici, on ne passe pas faire la chambre - ce qui, personnellement, ne me gêne pas du tout, mais révèle l’absence des « habitudes » d’un « ressort » digne de ce nom.
Quelques autres faits amusants.
Lors de mon premier dîner, j’étais à peine installé sur la terrasse (et j’étais le seul, et il faisait déjà nuit), cloup, coupure électrique. Je reste dans le noir un petit moment. Finalement, un très jeune serveur (ils sont tous très jeunes ; et dans ma guest house de kathamdu aussi) tente d’allumer une bougie (pathétiquement vu le vent qui soufflait ce soir là). Ayant abandonné, il a l’heureuse idée de m’apporter quelques minutes plus tard une lampe à gaz.
Le groupe électrogène se met en marche et la lumière donc, revient. On m’enlève la lampe à gaz. Le groupe électro tombe en panne – mais on ne me ramène pas la lampe à gaz et je reste je ne sais pas combien de temps dans une grande obscurité. Heureusement la coupure électrique est de courte durée. Je peux enfin passer commande. Mais je ne sais trop si, dans la salle à manger, il y a ou non un buffet. Je réalise alors que mes serveurs, outre quelques expressions anglaises, ne parlent quasi pas l’anglais. Pour ce qui est du service proprement dit, ils ont encore tout à apprendre. Ils « compensent » ces limites pas une forme extrême d’obséquiosité à la limite de l’irritant car finalement très peu efficace. Exemple : aucune attention au fait que je fume, on ne m’apporte pas de cendrier si je ne le demande pas. Et quand on me l’amène, c’est presque en pliant les genoux et en me le mettant directement sous le nez – excès de zèle.
Lors d’un autre repas, un jeune serveur me demande ce que je souhaite manger alors que je n’ai même pas encore reçu le menu.
Sur la terrasse, ils ont eu la bonne idée de placer une petite table avec nescafé (dans un pot qui n’a plus été lavé depuis l’indépendance), du sucre (totalement humidifié et d’un aspect très bizzare), et bien sûr des tasses. Mais une fois, il n’y avait pas de tasses, j’en ai demandé une – qu’ils se sont empressés de m’amener mais n’ont pas pour autant « remeublé » la table avec tout un service de tasses. Idem pour le sucre, le café, etc.
Il y a une piscine mais elle est vide actuellement.
Et je ne sais pas, chers amis du routard, où vous êtes allé chercher l’affirmation qu’il y a « tv et téléphone dans toutes les chambres ». En tout cas pas dans la mienne – ce qui pour la tv ne me gêne pas du tout. L’absence d’internet, en soi, non plus, mais c’est étrange vu le standing affiché de ce ressort.
Qu’il n’y ait pas de téléphone dans la chambre est une chose, mais qu’ils soit impossible de téléphoner en dehors du népal depuis un autre téléphone – (c’est ce qu’on m’a dit à la réception) – m’a paru très surprenant (il y a certainement une explication technique ou financière mais je ne la connais pas).
Une nuée de jeunes serveurs, affables certes, mais encore très incompétents.
Il est normal que sur cette colline qui, jusqu’il y a peu, était un bout du monde, les mœurs et la maîtrise minimale de l’anglais comme des gestes « techniques » du service ne soient pas encore assimilés – je ne me plains de rien, j’observe et je tente de comprendre.
En réalité, mon hypothèse est la suivante – et elle vaut aussi pour les endroits que je fréquente à patan. (je ne sais comment le « service » se déroule dans les hôtels chics et très touristiques de la capitale, mais sans doute comme au durbar square de Bhaktapur qui a déjà une plus longue histoire et habitude du « touriste » - service soigné et distingué. Bref, occidentalisé.
Mon hypothèse est donc très simple : contrairement à son géant de voisin indien, le népal n’a jamais été colonisé par une puissance de l’ouest, quelle qu’elle soit. Ses forêts sur le flanc indien ; sa chaine himalayenne sur le flanc chinois l’ont protégé durant des millénaires. De plus, le pays s’est totalement fermé à tout contact étranger pendant plus d’un siècle et n’a ouvert ses frontières qu’en … 1951 – soit des décennies après le japon, par exemple.
Ce pays a donc eu la chance de ne pas connaître l’humiliation d’une colonisation. Mais rétrospectivement, cette chance a aussi son revers : sa marche vers l’occidentalisation se fait de manière très aléatoire. A titre comparatif, l’inde qui est pourtant un continent en soi, a gardé de l’empire britannique un formidable réseau ferroviaire et des habitudes administratives modernes – et bien d’autres choses. Rien de tout cela au népal dont les axes routiers commencent à peine se développer. Pour le reste, il faut, ici, comme en afrique il y a quelques décennies, se déplacer en petits avions bimoteurs (à hélices, donc), d’un petit aéroport à l’autre (notamment pour rejoindre certaines villes, village ou point de départ de treks).
Mais si ce miraculeux petit pays n’a pas connu de colonisation, il est à présent aux moins des superpuissances économiques en devenir que sont l’inde et la chine. J’ai vu l’axe vers la chine. En venant à badinpur, j’ai vu ce qu’était l’axe entre l’inde et le népal : hallucinant. Des caravanes ininterrompues de « truks » de la marque « tata » indienne, en partance vers ou en provenance de l’inde. Et ce sur des routes sinueuses, étroites. Des camions en détresse au bord du chemin ; l’un d’eux carrément retourné sur le flanc, un autre ayant défoncé une maison du bord de route, des pannes … le trafic commercial est d’une intensité rare. Aucune autoroute. Et pour ces caravanes crachantes et archi polluantes, les routes étroites et défoncées sont le seul moyen d’accès – une fois encore, il faudra des décennies et quelques « plans marshall » avant que le « développement durable » puisse avoir un sens au népal.
Le théraï semble bien convoité par les indiens et les chinois ; les occidentaux par le tourisme et les plantes ayurvédiques. Nos laboratoires universitaires et pharmaceutiques commencent à découvrir les prodiges de la médecine « ayurvédique » (« science de la vie », littéralement).
Les trésors de ce pays seront-ils pillés comme en Afrique ? Gageons que l’himalaya d’une part, les trésors des 8 grandes réserves naturelles d’autre part, garderont encore longtemps à ce pays une part majeure de sa vivante essence – les autres sites étant « muséifés », que faire d’autres si l’on ne veut pas purement et simplement les interdire au public. Mais ce pays a trop besoin des devises étrangères pour se permettre un tel luxe.
Le développement technique et économique, en dehors de kathmandu et de la vallée « économique » du théraï, suit donc le chemin des touristes (trekkeurs ou amateurs d’architecture), et avance à leur rythme. Sur les treks très fréquentés, les lodges sont légions – dixit le routard.
« l’authenticité » népalaise existera tant qu’existeront au népal des lieux que les touristes (même pas les touristes en quête d’authenticité, toujours plus nombreux semble-t-il !) ne fréquentent pas – en raison, principalement, de la difficulté d’accès. Pour ma part, c’est dans ces lieux-là que je me rendrai longuement pour vivre la vie népalaise (l’ancien royaume du mustang, par exemple, et dans bien d’autres endroits qui ne sont pas autrement accessibles qu’à pieds ou en avion). Là peut-être (et en toute hypothèse) il sera possible de vivre à un rythme qui n’est pas celui du capitalisme occidental. Mais vivre plusieurs semaines la vie des habitants d’un slum, n’est-ce pas tout aussi authentique ?
« l’authenticité » touristique : que signifie-t-elle ? Du point de vue d’une philosophie du voyage, et si j’en crois les guides touristiques, il s’agit précisément de ces lieux (nature, population, habitat) que n’a pas encore gagné l’occidentalisation. Soit : mais auhtentique ou pas, s’agit d’autre chose que de « voir » et de simplement voir ? Et tant qu’on reste dans ce besoin de « voir », ne reste-t-on pas dans un tourisme qui ne change que dans sa forme, et pas dans son essence ? je suis enclin à le penser. Du reste, les guides (comme le routard précisément) sont justement en quête de ces lieux « authentiques » pour y faire accéder les touristes désireux « d’authenticité ».
Mais de mon point de vue, ce rapport à l’authentique n’est encore qu’une autre forme – plus sublimée, certes – de consommation. Car ce touriste là ne dispose de guère plus de temps, pour « vivre » le lieu et ses habitants, que le « toutou » de caricature derrière ses vitres blindées. Il y aurait bien des choses à penser de cette quête occidentale d’authenticité.
Pour en finir avec badinpur : la vue himalayenne est fantastique. J’ai été très surpris par la chaleur accablante, lourde et moite, et … les moustiques.
Badinpur devient ce que le minuscule village, « authentique » encore, de shanku est appelé à devenir dans les prochaines années : entrer dans le processus de muséification – dont Bhaktapur offre le plus bel exemple.
Badinpur, comme Bhaktapur et bien d’innombrables sites de part le monde (je pense tout à coup à ce fabuleux canyon, dans une réserve indienne des US, totalement transformés et génialement exploités par les indiens), deviennent ce que sont devenus nos venise, bruge et autres carcassone. Cette muséification des sites est chose faite chez nous et devenu tellement évident que nous ne nous interrogeons même plus – mais bhaktapur m’a effectivement fait le même effet que carcassone. Il faut sauver le patrimoine de l’appétit des promoteurs, de la pression démographique, de l’incurie des « toutous ». Je pense que ce que carcassone a vécu en son temps n’est guère différent de ce que vivent les villageois de badinpur, à l’heure de la transition majeure qu’ils sont en train de vivre et qui vont bouleverser des siècles d’habitudes comportementales.
Quant au « mountain ressort » où j’ai logé, bien évidemment je vous le recommande à mon tour ! J’y ai vécu 48h d’une très paisible petite retraite face aux sommets hymalayens baignés de nuages.
L’après-midi de mon arrivée, je pense être rester jusqu’à la nuit tombée (soit au moins 3 ou 4h) sur mon balcon à observer le jeu des nuages et des sommets … et c’est inoubliable … J’ai découvert pour la première fois de ma vie – en tout cas avec cette conscience aiguuê – le jeu des conditions atmosphériques : les architectures imperceptiblement mobiles des immenses ou minuscules cottons blancs … Le lac des pics éternellement enneigés … les imperceptibles mouvement de la lumière – dans la vallée verte, sur les maisons, la rivière, le ciel lui-même … agréables promenades dans et autour du village – autour surtout, avec la vie et le travail sans changement des femmes cultivant le maïs - j’ai aussi visité une antique maison – ferme en ruine, ce qui m’a permis d’apprécier l’architecture de l’intérieur.
La route de retour (plus de 4h) fut un authentique sport automobile sur le dernier tronçon : caravanes de truks tata en provenance de et vers l’inde … les dépassements, inouïs !
Outre les vues himalayennes, le silence et les paysans, l’un de mes plus beaux et fantastiques trésors est la compagnie (immobile) d’une araignée telle que je n’en avais jamais admiré – et je ne peux que vous en montrer la photo couleur – vous comprendrez mon extraordinaire étonnement devant la magie de la nature …
mercredi 4 août 2010
04 et 05/08 - jj.14-15 - drug in the city
TEXT & PICTURES COMING - frequent electric & internet problems
Après une bonne et longue nuit réparatrice et un réveil caféine, je me rends à la boutique ayurvédique. A nouveau je montre mon dos et, sans rien dire, le vendeur me tend immédiatement un minuscule pot, très plat, comblé d’une crème verdâtre granuleuse. Au miroir de la sdb, je me badigeonne.
Je prépare mon interview de l’après-midi : vers 13h, départ avec djuni et kamal direction le centre de désintox de bimal.
Je retrouve mohen à l’endroit habituel des taxis. Nous sommes rapidement rejoints par djuni et son frère kamal. Je leur ai proposé de m’accompagner car l’anglais de Bimal me pose problème. Sa grammaire et son lexique déjà limités sont encore affaiblis par un accent qui achève de me rendre incompréhensible le peu qui pourrait l’être. Djuni et kamal ont un anglais excellent et leur accent est parfait – je n’oublie pas bien sûr que leur père fut alcoolique. Je les ai bien averti du lieu où je les emmenais et que, bien entendu, je rétribuerais le travail de traduction.
En route. Nous découvrons que le centre de bimal se situe à l’extérieur de kathmandu. Une heure de route. Nous arrivons dans ce qui ressemble à un faubourg de la capitale ; les maisons y sont plus jolies. Certaines sont d’authentiques « villas », de grosses dimensions, et l’on en voit ça et là, de multiples couleurs. Nous sommes à flanc de collines, la verdure est très présente. Des bandes cotonneuses s’accrochent obstinément aux flancs des collines environnant la plaine de kathmandu.
Le centre est une grande bâtisse blanche de plusieurs niveaux fermés par une grille.
Un jeune homme nous fait entrer. Bimal le se montre à la terrasse du dernier étage, nous le rejoignons.
Entrée dans son bureau qui donne sur la terrasse – mais il y a encore un niveau supérieur, terrasse intégrale hébergeant les deux grosses citernes noires d’eau potable.
Bimal me fait faire un rapide tour du propriétaire – lieux communs, chambres-dortoirs au lit superposés, etc. Tout est propre, ordonné. Climat très serein, paisible, qui m’étonne. Les jeunes que je rencontre sont souriants et, bien que timides, cordiaux.
Nous nous installons tous les 3 dans le canapé face à Bimal assis à son bureau. La conversation s’engage. J’ai mon calepin acheté local, mes questions, j’interroge, je prends note. Djuni et surtout kamal assurent, comme le prévoyais, la traduction. Par moments, ils parlent d’eux même directement à bimal en népalais, je ne sais de quoi. L’un des membres de l’équipe, souriant jeune homme à lunette, entre dans le bureau avec le thé. Djuni et lui se reconnaissent avec étonnement.
Nous restons là environ 2h30. Vers la fin, c’est l’un des aidants, ved, qui prendra la place de bimal pour l’interview – ved parle suffisamment bien l’anglais.
Niva Kiran Rehab a été fondé par bimal il y a une quinzaine d’années. Bimal est un ancien alcoolo-toxico, addict à diverses substances. A 24 ans il décide de s’en sortir. A l’époque, il n’y a pratiquement aucune infrastructure pour drogués à kathmandu. Bimal se rend dans un service psychiatrique, en inde et son traitement dure toute une année. (A kathmandu également, les drogués étaient traités en unité psychiatrique des hôpitaux).
De retour, il ouvre un centre – mais selon des principes alors uniques qu’il est le premier à mettre sur pied. Il semble que 15 ans plus tôt, seuls, tout de même, 2 ou 3 centres voyaient le jour. Kathmandu en compte 28 à présent et certains s’inspirent de plus en plus de la formule originale du centre Niva kiran (qui signifie « renaissance » ou « nouvelle naissance »).
L’originalité (ce n’en est pas une en europe) est la suivante : d’ancien drogués, tirés d’affaires, rejoignent le staff médical (une dizaine de personnes) ; ayant connu les affres de la drogue et le moyen d’en sorir, ils sont là à la fois pour encadrer et motiver les jeunes – les écouter, leur parler.
Membre des AA et des NA (narcotiques anonymes, lesquels ont, pour l’essentiel, repris les principes des AA), la philosophie du centre de bimal en est imprégnée – je vois un peu partout des livres AA ou NA en anglais ainsi que des inscriptions anglaises sur les murs (pratiquement rien de cette littérature n’est encore traduite en népalais).
Au centre de désintox, on vient pour un minimum de 3 mois. C’est payant (30.000 rps/mois). Le centre ne reçoit plus aucun subside (il a été aidé par l’ONU durant 3 ans). Bimal ne peut accepter qu’un seul non-payant par mois.
Je suis surpris du montant mensuel mais bimal m’explique que pour l’essentiel, sa patientèle procède de milieux middle class ou High class – famille dont les parents se désintéressent totalement de ce que font leur jeune.
La population du centre est âgée de 15 à 25 ans (je ne verrai qu’un seul « papy » de 60 ans, au regard perdu d’être si loin de chez lui, amené là par ses 2 fils). Ils sont actuellement 35, le centre pouvant en abriter jusque 50. Toute religion, toute caste, toute condition. Tous égaux face à la drogue et sa libération.
La majorité sont amenés là par des parents désespérés. Certains s’y rendent d’eux-mêmes. Certains d’entre eux sont rejetés par leurs parents – le centre tente, les semaines passant, de rétablir un contact entre les membres de la famille
(mais tout de même : 30 000 rps … et aucun subside ? je me demande comment font les parents, surtout de classes moyennes et des basses classes, car il y en a aussi).
Ce sont des polydépendants, alcool et diverses drogues disponibles à kathmandu (cannabis, mariejuana, héroïne, morphine, …)
Durant les 3 mois de traitement, le drogué suit un programme quotidien assez strict, les journées sont bien organisées. On se lève tôt, on se couche tôt. Tout est à réapprendre des bases d’une existence sans drogue : horaire, manger, respecter l’autre … Toute la maintenance de la maison (ménage, repas, travaux, jardin, … est assurée par les patients qui, par ce biais, réapprennent les gestes et comportements de la vie normale).
Selon les principes AA ici d’application, les temps de paroles en groupes ou sous groupes, on individuellement avec le psychologue, sont très réguliers.
Le staff inclut docteurs, psychologues, assistants sociaux, juristes …
Le centre peut aussi accueillir des drogués atteints, à son stade initial, du virus du sida. Après la période de cure proprement dite, ceux-là sont alors hébergés, pour la suite de leur traitement, dans un autre centre (niva kiran plus), spécifiquement organisé pour eux. Ce deuxième centre bénéficie du soutien médical, logistique, financier d’associations européennes de lutte contre le virus.
Il n’y a ici pas une femme. Le problème est encore une fois la condition féminine et les « mœurs » entre hommes et femmes. Sur les 28 centres actuels, seuls 2 ou 3 accueillent des femmes toxicos. Pourquoi ? parce qu’il est interdit à un homme qui ne serait pas membre, au moins, de la famille, de simplement toucher une femme. Soit une femme-épouse en proie à une crise de manque. Seul le mari aurait le droit de l’embarquer de force dans l’un des centres. Malheureusement, très souvent, le mari ne peut supporter de voir sa femme dans cet état : c’est alors la colère et la violence domestique qui prévaut. Si la femme en question ne peut être conduite directement dans un centre ou un hôpital par la famille, il faut alors faire appel à la police … féminine – car un policier homme n’a pas le droit, lui non plus, d’embarquer une femme de force (il devrait, par définition, la toucher).
Si un homme, qui n’est pas de la famille, amenait de force (donc contre le plein gré de la femme toxico) à un hôpital ou à la police, c’est lui qui serait mis en prison pour avoir toucher cette femme.
A cela s’ajoute le même phénomène que celui connu, jadis – et encore maintenant – en occident : une femme n’a « pas le droit » d’être alcoolique ou toxico … si cela lui arrive, sa honte est telle qu’elle se cachera de manière radicale. Car c’est elle qui assure toute l’intendance et l’essentiel de l’éducation de la famille – difficile, donc, d’imaginer son départ dans un centre.
Djuni m’explique alors (à ma demande) qu’une femme, à la maison, n’a le droit de boire un verre d’alcool (bière ou alcool de riz, par exemple) que tout à la fin de la journée, lorsqu’elle a accomplit tous ses devoirs ménagers et éducatifs. Encore la consommation est-elle très limitée.
Est-ce pour autant plus facile pour un homme de venir se faire soigner pour alcoolisme ? Pas tout à fait s’il est marié, père, travailleur. Comme tel, il est, en règle général, le seul pourvoyeur de « fonds » pour la famille. Il n’y a pas de sécurité sociale s’il s’absente plusieurs semaines ou plusieurs mois. De plus, lui aussi connaît le sentiment de honte et la peur de perdre son travail. Il lui faut donc beaucoup de courage …
On m’expliquera à un autre moment que l’alcoolisme est une réalité rampante et dramatique à kathmandu et que la désintox alcoolique connaître un très très faible succès. Les rares hommes (adultes) qui bénéficient d’un traitement de réhabilitation rechutent très facilement car, ici comme chez nous, l’alcool est omniprésent dans le monde masculin – après le travail mais aussi à la maison ou, comme je l’ai remarqué différentes fois rien que sur durbar square, durant la journée, pour cette grande majorité d’hommes sans emplois réels. Comme l’alcool est fait maison, il est extrêmement bon marché.
La drogue viendrait d’inde, du pakistan et, bien sûr, d’afghanistan. Il n’y aurait plus de production au népal vu les lois très strictes et répressives du gouvernement. Ce qui rend la drogue relativement chère – bimal avait raconté qu’ils n’hésitait pas à vendre des objets de ses parents (ordinateur, téléphones, …) pour se procurer l’argent nécessaire à sa consommation. (il faut compter, selon le produit, avec 500 rps la dose ; si le salaire des parents n’est que de quelques milliers de rps par mois, le problème financier est réel).
Une dernière pour la route : Shiva fume-t-il la marie-jeanne ? Un guide rencontré à kathmandu m’avait dit (un peu fanfaron) que Shiva était le dieu des hippies. Oui, effectivement, Shiva fume, mais avec beaucoup de modération. Lors d’une seule de ses multiples fêtes annuelles, les hindous ont à leur tour le droit d’en consommer. Mais ce jour-là uniquement. Le reste de l’année, la consommation de drogue est, officiellement, prohibée – officiellement.
Nous quittons le centre vers 17h. Rendez-vous est pris pour le lendemain, pour les photos et de petites interviews des patients. Bimal ne souhaite pas la présence de djuni – seule femme parmi tous ces jeunes hommes. Je reviendrai donc seul.
Le trajet de retour se passe dans le silence – dans kathmandu, nous devons faire un demi tour osé en raison d’une grève-sitting d’étudiants à même la chaussé d’un axe principal. La police est à l’œuvre. Politiqiuement, le népal est en pleine instabilité gouvernemental et rencontre bien des difficultés à se doter d’un premier ministre. Si la paix est faite aujourd’hui entre maoïstes et « gouvernementaux » - ceux-ci ayant finalement accepté des élections générales il y a quelques années et l’entrée des maoïstes aux gouvernements – la multiplicité des partis rend le pays difficile à gouverner. On a connu ça chez nous … Les népalais sont lassés de cette instabilité car elle ne les aide pas vraiment à surmonter leurs multiples problèmes quotidiens.
De retour à durbar square, djuni et kamal m’entraîne, via une basse porte dérobée dans un coin de la place, dans un minuscule bistro bas de plafond, auquel on a accès en traversant une courette – aucune signalisation de l’existence de ce troquet ou quelques jeunes du coin fument leur clope et boivent un tchaï.
On boit un thé tous les 3 – djuni m’avertit de ne pas leur donner le pourboire au vu et au su des autres clients – je leur remettrai leur enveloppe tout à fait à l’abri des regards. Ils m’invitent à aller boire le thé dans la petite maison médiévale mais j’ai besoin de me retrouver seul.
J’irai dîner relativement tôt après avoir organisé, avec le manager de l’hôtel, mon séjour à Badinpur – face à la chaine himalayenne (trajet aller retour avec « private driver » mais qui me revient encore bien moins cher que le taxi). Badinpur se situe à environ 150 km de kathmandu (le nombre exacts de km varie selon l’interlocuteur).
Coupure d’électricité, très longue, je ne peux pas faire grand-chose.
Le lendemain, vers 9h, je retrouve Mohen le taxi. Levé avant 8h, j’étais descendu comme d’hab quémander ma boisson noire – mais il faut attendre que les cuisines soient ouvertes, soit 8h. Je descendrai une seconde fois et j’aurai enfin mon « pot » vers 8h20.
On ne fait pas la chambre ici, sauf si vous le demandez. Prendre les choses comme elles sont. (c’est après 10 jours seulement qu’on m’a expliqué comment allumer moi-même les ampoules reliées au groupe électrogène ; encore faut-il demander à la réception d’actionner un bouton, et encore faut-il que le groupe lui-même fonctionne). J’ai acheté, l’autre soir, des bougies. Ce matin précisément, l’énergie électrique nous boude une fois de plus.
En route vers Niva Kiran. Bimal m’avait averti qu’il ne serait pas là en début de matinée. Un membre du staff (un ancien drogué) me donne les premières explications concrètes de la vie communautaire et son organisation, me donne plus de détail sur les lieux et fonctions des uns et des autres.
Grosse déception : je n’ai pas le droit de faire des portraits des patients – mais uniquement des membres de staff, avec leur accord. Je devrai ruser et me montrer un peu créatif pour tenter néanmoins de les avoir dans le cadre de mon viseur mais sans révéler leurs faces… ! – or j’avais imaginé une « forme » de portraits un peu moins ordinaire, plus fidèle à l’esprit et aux conditions de vie, aux émotions des patients. Tant pis. Une autre fois ? Mais je me dis que j’aurais dû insister – l’article/reportage éventuel ne sera pas publié au népal ni en orient …
Vu la honte et les risques que tous ces jeunes encourent par rapport à un éventuel futur travail et, plus globalement, leur réinsertion, je comprends bien l’interdit – mais je n’en vois pas la strict nécessité vu la destination finale des photos. Je ferai avec.
Ma journée se passe à déambuler à gauche à droite et aux différents étages. Je discute avec quelques patients et des membres du staff. – un de jeunes patients, parti étudié un an aux USA, s’y est vu jeté en prison pour 4 mois suite à la perte de ses papiers d’identité. Voilà 7 mois qu’il est au centre et son regard est encore très absent, traumatisé, tant par la prison que par la drogue.
Je participe en silence à une des activités quotidienne en groupe – tous assis par terre sur un coussin dans la grande salle de réunion au tapis rouge. A mon entrée dans la salle on me présente puis on m’invite à serrer la main de chacun des patients ; chacun à leur tour ils me déclinent leur prénom et la durée, en jours, d’état « clean » (dans le langage de la toxicomanie, « clean » signifiant : sans drogue). Applaudissement typiquement AA après chaque intervention.
Les activités de partage et thérapie de groupes sont nombreuses – tous ensemble, en sous-groupes ; à quoi s’ajoute au moins 1x par semaine une discussion avec un psychologue, assitant social, etc.
Lors d’une autre réunion de groupe l’après-midi(1h), un membre (un patient) fait la lecture en anglais (avec traduction népalaise) d’un extrait d’un livre AA. La lecture est suivie d’échanges et de libre expression. Je sens l’émotion mais les rires sont plus que fréquents ! Ma première impression global de la matinée est celle d’une atmosphère simple et bon enfant.
Néanmoins, je constate aussi la tristesse, la solitude de ces jeunes. Leur honte pour certains. Leur difficulté à s’exprimer. – Tel, assis en train d’écrire, est, me dit-on, pétri de honte de son état de toxio car il est père de deux enfants.
Des temps de paroles sont d’ailleurs spécifiquement organisés pour aider ces jeunes à exprimer et dépasser leur culpabilité et leur honte.
A midi, on me fera manger à part, après les autres – mais je ne sais pas pourquoi. Je dîne avec ved avec qui j’ai de longues conversations. – Apprenant que je suis philosophe de formation, il me parle de ses propres interrogations, d’un « prophète » du moment qui l’impressionne. Je lui dis que chez nous, les « prophètes » n’assurent le salut qu’à ceux qui leur refilent tout leur argent. « pas celui-là », me dit-il en souriant. Mais je n’ai pas pu continuer la conversation.
Je réalise que la maison est relativement protégée par un mur, ça et là surmonté d’un grillage. On m’explique que la plupart des jeunes n’atterissant pas ici de leur plein gré, certains tentent de se faire la malle. A tout moment un des patients est chargé, à un point stratégique de la cour, de surveiller l’enceinte.
Il y a quelque chose de très stricte dans l’organisation quotidienne : lever à 5h, coucher à 21h après le dîner et une heure de pause-relax, tv. Mais les différentes activités sont entrecoupées de « breaks ».
Durant ces moments, personne n’est pourtant inactif bien que les gestes et comportements soient lents – vaisselles, ménage, entretien du jardin, etc. Certains écrivent leur état intérieur dans un journal personnel.
Je ne verrai ce jour aucun membre du staff médical.
Durant l’une des pauses, je vois quelques patients faire un grand nombre d’exercices physiques. Il s’agit d’appelés au service militaire, obligatoire. Un ancien militaire est là pour les préparer et les remettre en condition physique. Dans l’armée, on n’aime pas les tatoués. Et il faut être 100% chimiquement clean pour être intégré au contingent. Un jeune qui voudrait entrer dans l’armée pour y faire carrière doit s’y présenter, lui aussi, chimiquement pur.
Lors d’une pause de l’après-midi, j’ai une longue discussion sur un banc de la cour avec un drogué atteint de hiv, son prénom est Ujjwal. Il m’explique son parcours. Sa consommation a commencé jeune, au collège, avec du sirop antitoussif, très riche en codéine. Vu l’accoutumance, il a peu à peu joint à ce sirop d’autres substances pour retrouver l’effet. Il entame alors des études de médecine. Entre temps, il est passé à l’héroïne. Mais il doit se rendre en inde pour se la procurer, ce qui n’est matériellement plus possible vu ses horaires d’étudiants : on travaille alors par petits groupes, les stages sont multiples, les absences injustifiées sont sanctionnées. Se rendre en Inde, même proche (200 km) ne se fait pas facilement. Mon interlocuteur opte alors pour ce qui est devenu disponible sur le marché local : les « sets » d’ampoules injectables (1 ampoule de morphine et 1 ampoule d’un équivalent de valium. Environ 600 rps). Comme il est étudiant en médecine, il connaît parfaitement bien le système sanguin. Pour éviter d’avoir des traces d’injections visibles sur les bras, il s’injecte les ampoules directement dans le creux de l’aine et les jambes. Aujourd’hui, ses jambes et son pied son très enflés, il y a des obstructions sanguines dans ses jambes. Il est arrivé au centre il y a 3 mois.
C’est à peine 6 mois avant la fin de ses études de médecine qu’on diagnostic le virus du sida. Il doit arrêter ses études. On ne voudra jamais d’un docteur sidéen dans les hôpitaux gouvernementaux. Il obtient néanmoins le droit d’exercer à titre purement privé. Sa connaissance médicale en matière de sida est étonnante – les centres HIV bénéficient des meilleurs traitements actuellement disponibles sur le marché, pas les fonds de poubelles des firmes pharmaceutiques.
Suite à ce diagnostic, Ujjwal a aussi étudié le journalisme et s’est spécialisé dans les articles portant sur le sida. Il est, depuis 3 ans, coordinateur national la National association of people living with HIV/AIDS in Nepal – lequel mouvement est fortement, et depuis fort longtemps, soutenu par l’association française Sidaction.
Le sida n’est pas une épidémie au népal. Il y a par contre des foyers bien précis d’épidémies – certains lieux et certains groupes – drogués, prostitués.
Comme je lui demande s’il sait comment il a contracté le virus, il me répond que c’est soit via les seringues d’injection, soit le sexe. Oui, me répond-il de manière très directe, il y a des prostituées au népa : une caste spéciale est chargée de ce travail (qui consiste aussi, semble-t-il, à dépuceler les jeunes et les initier à la vie sexuelle). Il s’agit de la caste multiséculaire Badini. Lorsque le gouvernement a voulu, là aussi, intervenir pour interdire ces pratiques, elles ont défilé nues dans les rues ! Des associations ont vu le jour pour tenter de les aider à trouver un travail alternatif.
La veille Bimal m’avait laissé comprendre que de plus en plus de népalaises se tournait vers cette activité pour des raisons économiques. Sont-elles bien protégées contre les maladies, et vis-à-vis de leur clients ? Oui, en gros …
S’agissant de la transmission du virus chez les drogués par injection, la cause serait la suivante : les lieux où l’on peut se procurer les ampoules étant connus et surveillés de la police, lorsqu’un jeune s’y rend, il ne lui est pas possible d’acheter sa propre seringue – car s’il est contrôlé par la police, il risque gros. Alors, sous pression, pressé, il s’injecte directement les ampoules avec la seringue a disposition et qui a déjà servi.
Vers 16h, bimal m’annonce qu’il s’en va – à moto – à kathmandu et me propose de m’emmener. Je suis surpris car il était convenu au départ que je resterais jusque 21h si possible. Je décline donc sa proposition car je n’ai pas le sentiment d’avoir fini. Et j’ai bien fait de rester car c’est alors qu’un autre membre du staff va me donner de multiples et nouvelles explications me permettant d’entrer davantage en profondeur dans la vie de ce centre.
Les membres du centre (staff et patients) se rendent chaque année au meeting international de Narcotiques Anonymes. Le besoin de ne pas se sentir seuls, de se soutenir les uns les autres par delà les frontières est fondamental – le principe existe aussi chez les AA. La drogue et ses problèmes n’ont pas de frontière.
Le centre tente un travail psychologique en profondeur pour restaurer chez les patients la confiance en soi (ce sont de grands timides et complexés qui osent très difficilement prendre la parole en public), réapprendre la vie en groupe (on ne tolère pas la vulgarité ni la violence ; et pour éviter cette dernière, des « sessions » particulières et originales sont organisées ou chacun est inviter à exprimer de manière verbale les colères ou autres sentiments négatifs qu’il pourrait ressentir à l’égard d’un autre membre du groupe ; ce pour éviter les bagarres). Un drogué n’a peur de rien et, pour trouver sa dose, est prêt à prendre tous les risques ; certains peuvent donc arriver au centre dans un grand état de violence s’ils y sont amenés contre leur gré. On n’hésite à avoir recours aux coups – ce qui me rappelle le témoignage de guy Gilbert, curé chez les loubards et néanmoins ceinture noire de karaté. Les drogués ont en eux énormément d’énergie négative et tout est fait ici pour transformer l’énergie, la canaliser vers le bien. Il est long et difficile, m’explique mon interlocuteur (ex drogué, du nom de Sailish) de ramener un drogué de sa vie de « fantaisy » à la vie réelle.
Les juristes du centre se battent, de leur côté, pour qu’un drogué en cure ne soit pas maltraité à sa sortie ; que ses droits soient reconnus dans et par la société, et parfois sa propre famille qui pourrait profiter et abuser de son état de faiblesse psychologique (financièrement s’entend, par telle ou telle forme de spoliation de ses biens).
Le marché de la drogue proprement dit s’est développé … avec l’arrivé des hippies. Ceux-ci ne se contentaient pas de consommer la drogue locale – marie-jeanne essentiellement. Ils ont importé la cok’, l’héro. Avec eux, et par imitation de ce qui vient de l’occident – et parce que n’importe quel pays croit devoir et veut imiter, copier les mœurs occidentales – ce pays s’est donc ouvert à de nouvelles formes de consommation. D’après Sailish, c’est de cette manière que le scénario « drogue » s’est implanté de manière plus radicale au népal. Et à l’heure actuelle, ce scénario est le pire possible. Vu les interventions de l’ONU dans certains pays limitrophes et producteurs, la drogue devient de plus en plus chère. Donc plus dure à obtenir financièrement, ce qui oblige les drogués à entrer peu ou prou dans un cercle de criminalité et de violence – à quoi s’ajoute tragiquement les contagions au virus du sida.
Comme je m’étonne – dans mon for intérieur – du nombre d’ex drogués qui semblent vivre à demeure dans le centre, j’en parle à Sailish (nous avons connus ce genre de débats en europe ou cette pratique a fait l’objet de critiques ; je ne sais pas, d’ailleurs, si ce type de formule existe encore chez nous). Mais le témoignage de sailish – avec lequel je repartirai car ma journée s’achève – est le suivant : « j’ai tant fait souffrir et pleurer mes parents, mes amis ; j’ai perdu tant de choses ; j’ai causé tant de mal … la possibilité, pour moi, de me rendre utile et d’aider les autres redonne un sens à ma vie et me permet aussi, d’une certaine manière, de payer ma dette à l’égard de mes parents car ils sont morts à présent. »
Je reviens très pensif à patan.
(post scriptum : pour pouvoir faire un vrai article/reportage de ces heures passées dans ce « rehab » center, il me faudrait davantage d’informations et de documents officiels sur les actions gouvernementales, les statistiques, etc. J’ai déjà demandé ce type de documents à diverses reprises à Bimal, qui me les a promises à différentes reprises, mais je n’ai encore rien reçu. De même, il me faudrait davantage de photos. Enfin, une discussion avec un responsable du ministère de la santé en charge de ses questions).
L’appétit du soir s’étant manifesté, je m’en vais dîner sur le toit-terrasse du 3d world restaurant. Il y a une panne d’électricité. Arrivé sur le toit, je m’installe à une table ronde (4 sièges). Arrive un joyeux petit groupes parlant anglais – mais l’un des deux hommes, vu son accent léger, me semble népalais. Je leur cède ma table. Vu la pluie qui s’intensifie, je descends dans la salle de l’étage inférieure – le petit groupe m’y aura vite rejoint. Ils sont de très bonne humeur et nous lions rapidement conversation. Les convives – certains viennent de très loin – sont surpris des représentations érotiques et en parlent à leur ami népalais (j’apprendrai qu’il est ingénieur pour le gouvernement). Mon homme dit alors : « imaginons que je ne sois pas un homme népalais … » ( = sans pudeur) « je peux alors parler franchement. Pour les générations précédentes, ces représentations érotiques étaient devenues gênantes. Mais la jeune génération n’y voit plus rien de choquant. »
Contrairement à ce que nous avons fait, en France, avec la pipe de tatie et la cigarette de Sartre, les népalais n’ont pas pour autant recouvert d’un voile pudique toutes leurs représentations érotiques.
En europe, « tintin au congo » est à présent mis à l’index pour racisme (interdit de publication en Angleterre). Il y a longtemps que luky luke ne fume plus. En Allemagne, on a même vu des affiches publicitaires, dans la rue, vantant des sex toys. La publicité exploite à tout va nos pulsions érotiques pour nous faire acheter n’importe quel dentifrice. Nous sommes certes en un sens plus « libérés » sexuellement que les hindous actuels. Mais sommes en train de mettre en place de multiples autres dénis et tabous : la souffrance, le vieillissement (industrie cosmétique !), performance physique et sexuelle (fitness, chirurgie esthétique), et la multiplication des contrôles (« check points ! » pour « surcharge pondérale » (expression qui aurait tant amusé molière) … une autre « police des mœurs » se met en place de manière rampante et concerne la « bien pensance » du politiquement correct et une nouvelle normativité hygiéniste (impératif absolu et généralisé « d’être bien »). Un malheur ou une tristesse ne sont plus considérés comme normaux ! Quant au signe du deuil, il y a belle lurette qu’ils ne sont plus visibles dans les codes vestimentaires et les comportements.
Nos vieux sont enfermés dans des mouroirs, lorsqu’ils ne meurent pas déshydratés dans la solitude absolue à l’occasion de telle canicule. En France et en Angleterre, pays de tradition pourtant très libérale depuis des siècles, nous multiplions par mille caméras de surveillance, contrôles, radars invisibles, … A quand une police écologique surveillant si nous trions correctement nos déchets ? La France est même devenu le pays où le travailleur est le plus systématiquement contrôlé – ni en inde ni au népal je n’entends parler de suicide sur le lieu de travail ou relation avec le travail.
Enfin – mais la liste n’est pas exhaustive – un grand nombre de reportages photo ne trouvent plus d’espace dans les revues et magazines car il ne faut surtout pas démoraliser la population. Du cuir, du sexe amusant, du people, légèreté (apparente et fausse) de l’être … Tout doit être caché, masqué. C’est la souffrance sous toutes ces formes qui, chez nous, est devenue obscène. – et le sexe (sous ses formes consommables érotico-porno, internet et autres) le demeure en grande partie lui aussi.
De quoi donc sommes nous libres et libérés ?
03/08 - J.13 - kathmandu valley
PICTURES COMING - frequent electric & internet problems
Cette journée sera sans doute l’une des plus folles de mon séjour – mais n’était vraiment pas prévue comme telle.
Lever à 5h30. Voir l’aube. Enfin. Je m’étais arrangé avec un taxi (le chauffeur/chauffard légal s’appelle Mohen) de venir me chercher à 6h. Objectif du matin : le lever de soleil au durbar square de kathmandu. Après une matinée de photos en ce haut-lieu, visite de Bhaktapur l’après-midi. Cette ville est l’une des 3 anciennes villes-« état », villes royales, de la vallée – avec kathmandu et patan. Le durbar square est vivement recommandé, ainsi que toute la vieille ville qui l’environne.
Mohen m’appelle sur portable ; il est 5.45 et il est déjà là. Je me dépêche. Non, je ne demande pas de « big pot » ce matin je sais que ce sera impossible – il me faut déjà réveillé mon habituel serveur pour qu’il m’ouvre la porte.
En route. A cette heure, pas de trafic – c’est plus qu’agréable. Mais l’aube a dû commencé bien plus tôt car je trouve déjà la luminosité relativement forte bien qu’oblique.
Vers 6h30 nous arrivons à durbar square. Personne pour le ticket. Surpise de taille : à ce qui semble être l’un des grands temples du square, une foule bigarrée se livre à de multiples rituels. Et juste à côté, un minuscule temple où, là aussi, on fait la queue. Mais ici, et dans le « grand » temple comme à la porte du petit, des hommes, des femmes, des enfants, de tous âges et de toutes les garde-robes. Festival pour un photographe. Surtout avec cette lumière suffisante mais encore très douce.
Je me poste successivement à différents endroits, tapis, le doigt sur le déclncheur. J’observe la gestuelle, je cadre, j’attends … le « kairos » comme eut dit cartier-besson – le « moment favorable ». Même tactique en de multiples endroits, les rituels ayant lieu autant à l’intérieur du temple qu’à l’extérieur, devant le petit (encore plus petit que le petit Shiva temple de patan).
Il y en a pour tous les sens corporels. Oui j’en prends plein la vue, plein les narines, plein les oreilles. Ca grouille, ça se presse, ça prie, ça murmure, d’un endroit à l’autre. On se déplace. Il s’agit en réalité moins d’un temple en soi, malgré son style en pagode (et qui n’est vraiment pas la plus belle du square) que d’un lieu de culte au dieu ganesh (l’un de mes favoris, ce jumbo fils de shiva et son gros mickey mouse qui lui sert de tapis volant). A même le sol, à divers endroits, des brahmins reçoivent : écoutent, prient, bénissent. Chacun – comme à patan – s’est entouré de multiples petits récipients garnis de poudres diverses et de fleurs. On parle au brahmin. Il répond. Je me fonds dans la foule.
Je ne sais combien de temps j’ai passé là – hyper concentré.
Quand je sors du tourbillon qui m’a rappelé l’intensité jubilatoire de l’inde, j’escalade l’un des très haut temples. J’apprendrai par là suite que c’est (ou plutôt : c’était) « le » temple des hippies, leur lieu de rendez-vous. Et je découvrirai un peu plus tard les multiples étais décorés de figures de kâmasûtra. Sacrés hippies …
Après un premier repos tout là haut – je vois aussi des enfants des rues encore en train de dormir à l’abri des toitures des pagodes – je m’en vais faire un tour dans le reste du square. D’autres temples sont en pleine activité mais je n’ai plus l’inspiration. Je cherche en fait un temple de Shiva dont les étais, eux aussi, sont sculptés de scènes osées, obscènes et porno (c’est ce que certains esprits diraient en europe). Le temple est un peu en retrait, non loin d’un arbre immense et tortueux qui, lui aussi, me rappelle l’inde. Je m’assieds de longues minutes sous son ombre. Vols de pigeons. Rituels incessant auprès d’une énorme « statue » de Shiva, noire, comme adossée à un mur, isolé d’un quelconque temple. Là comme ailleurs, je suis saisi par la gestuelle, les mains, les bracelets. Hommes, femmes, couples … tout le monde y est.
J’assiste tout simplement au rituel matinal.
Je décide d’aller prendre un petit déjeuner ; sur le chemin, un saddhou soigneusement peinturluré et en habit de carte postale (trop propre pour être honnête) m’accoste, me montre sa magnifique barbe et me suggère de le prendre en photo. « Non merci » avec sourire. Je le plante là, point barre – et j’imagine, dans mon dos, sa surprise.
Je me retrouve rapidement dans une de ces minuscules gargottes que j’affectionne. 3 beignets, un vrai tchaï et un milkcafe plus tard, je rejoins mon taxi, tout proche.
Nous nous mettons en route direction Bhaktapur (direction « est »). Feuilletant par hasard mon « Routard », je me demande alors si je n’irais pas faire un tour du côté d’un lieu dit « swayambunath ». En réalité, un haut lieu du bouddhisme tibétain, perché au sommet d’une colline qui surplombe la ville. De là haut, vue imprenable sur la quasi entierté de kathmandu et c’est ce qui m’y attire. Lecorbusier (si ma mémoire est bonne) recommandait de toujours aborder une ville nouvelle par son point le plus haut. Lors de ma première visite dans les rues de kathmandu, un guide m’avait d’ailleurs parlé de ce « sommet » mais je n’avais plus le temps – écrasé de cette chaleur lumineuse et les pieds gonflés.
Mais cette colline est à l’ouest. Pirouette du taxi en plein milieu d’un axe à 4 bandes.
Le trafic a commencé. Il faut un peu de temps pour s’extraire de la ville et aborder la route sinueuse qui mène au centre tibétain. La verdure refait son apparition.
Arrivé à l’entrée du centre, je m’acquitte du droit d’entrée puis, nouvelle et prodigieuse surprise : des dizaines de guirlandes de mantras tibétaines reliant des branches ou des arbres immenses, ou tendues entre les stupas et les arbres … régal pour mon viseur – mais comment en faire une photo originale, de ces guirlandes déjà des milliers de fois prises en clichés ? Et des singes, plein de singes coquins et burlesques.
Devant le stupa, un énorme « thunderbold » doré (on en voit partout dans patan, entre autres) – symbole majeur du tantrisme qui a sur le bouddhisme de ce lieu une influence certaine. Le thunderbolt (« varja ») symbolise la force destructrice du dieu indra, très vénéré au népal – indra est un très ancien dieu védique considéré comme le roi des dieux. C’est un principe « mâle », la cloche étant le principe « féminin ».
Il faut cependant encore monter un peu à pied. J’arrive alors à un minuscule village tibétain (drapeau aux fenêtres). Calme absolu. Le village donne à son tour sur une place (le sommet) où s’épanouit un gigantesque et fabuleux stupas et ses guirlandes. Des dizaines de moulins à prière – quelques touristes, des pèlerins. Encore quelques pas et j’arrive au bord de la place : vue sur kathmandu.
(PS : près du stupa, un petit temple est dédié à la déesse stipala, déesse népalaise de la petite vérole).
Sur le chemin du retour, je négocie avec un tibétain l’achat de quelques bracelets – ils sont durs en affaire paraît-il mais j’obtiens néanmoins ma « discount ».
Je viens de vivre ma toute première impression globale, fugitive, du tibet … (et ce lieu de pèlerinage est considéré comme l’un des premiers sanctuaires bouddhique au monde).
Mohen m’attends, moteur.
Dans la descente, je reprends une nouvelle fois mon « routard », enhardi par cette première visite inattendue. Je feuillette les pages dévolues à la vallée de kathmandu : je jette alors mon dévolu sur un petit village du nom de sankhu, à une petite vingtaine de km de la capitale. Endroit non touristique garanti sur facture. Pas de souci pour mon chauffeur … ni pour moi, vu le coût d’un taxi, même à la journée !
Nouvelle surprise (pour moi) : après avoir traversé la ville d’ouest en est, nous devons emprunter la route de l’est, axe principal qui, longeant l’airport sur quelques km, mène directement à la chine. Route financée par les japonais paraît-il (ce qui me surprend). Mais la route est en travaux. Pendant 1h nous avançons à pas d’homme – quand nous avançons. Le chaos et la cacophonie brûlantes et poussiéreuses exigent un maximum de patience et d’endurance. Camions cracheurs de fumées noires, taxis, voitures, motos, opéra informe des klaxons … quand ce n’est pas un piéton qui tente de se frayer un chemin pour atteindre l’autre rive de ce fleuve immobile de véhicules motorisés.
Au moins une heure plus tard, le trafic se fluidifie quelque peu. Puis au lieu de prendre la direction de Bhaktapur – où le trafic intense se maintient – nous bifurquons dans une tout autre direction. La route se rétrécit, la verdure, là aussi, réapparaît très progressivement. La chaussée est défoncée sur certains tronçons ; sur d’autres, pas de macadam : gros cailloux, flaques bourbeuses, énormes nids de poules – même lorsqu’elle traverse une « ville » digne d’une ville du farwest, ville dont on aurait remplacé le bois de construction par la brique terra cotta. Mais villes très peuplées et animées.
Peu à peu le paysage urbain fait place aux rizières, parfois en plateaux – la route est ascendante. Mais durant encore plusieurs km je vois partout des buildings « standard » en construction (structure en béton et briques rouges : l’architecture du futur pour kathmandu, et sans doute, toute la vallée – et, j’imagine, toute la plaine du bas où se concentre l’autre pôle de l’activité économique du pays. Je vois enfin quelques briquetteries - femmes et enfants y travaillent aussi, paraît-il.
Dans quelques années, les villes « far west » que nous traversons après un tronçon relativement « verdoyant » (villes très laides et poussiéreuses) se rejoindront les unes les autres et le tout rejoindra kathmandu … déployant tous les azimuts la superficie de la ville. Constructions anarchiques, partout où l’on peut. J’imagine que le même scénario urbanistique se joue sur tous les axes qui débouchent dans la capitale.
Une nouvelle mégapole sort de terre – aux proportions du pays ; nous ne sommes pas à mumbaï ou à rio.
Mais le phénomène est le même. Les villes isolées finissent par se toucher, formant un immense continuum sans centre ni périphérie réels. Les villages sont engloutis. Et lorsque les promoteurs aux dents longues s’en prendront aux rizières … (du moins si le gouvernement ne s’y oppose pas)
Accroché à l’un des murs de la réception de ma guesthouse, une ancienne photo couleur (décolorée, certes) montre une vue aérienne du durbar square de patan : à quelques centaine de mètre des pagodes, il n’y avait que champs, verdure, bosquets. Patan a fini par être aggloméré à kathmandu. Bien que Bhaktapur soit à une quinzaine de km de là, isolée donc, je ne doute pas que tôt ou tard elle sera phagocytée à son tour.
La route que nous suivons grimpe de plus en plus, sinueuse. Les habitats finissent par se raréfiés. Place à une campagne telle que jadis – je remonte le temps en même temps que mon chauffeur avale les kilomètres. Paysans, paysannes. Vastes rizières. Dos des femmes – taches rouges, oranges, jaunes - pliées en deux perdues dans ces lacs verts.
Quand nous nous approchons du but, divers chemins sont possibles. Mon chauffeur ne s’est encore jamais aventuré dans ce coin perdu. Nouveau chemin – un sentier cette fois, ou quasi, de gros caillou. Mon petit taxi doit jouer les 4x4. Ca secoue ferme même à très lente allure. Quelques centaines de mètre plus loin, le village de shanku, encore engourdi dans son passé – du moins à première vue. Shanku est un ancien point de départ pour la route du tibet. Rien à voir … sinon les maisons, antiques constructions progressivement à l’abandon faute de moyens. Femmes, hommes, enfants … Nous cherchons un point de ravitaillement et surtout de l’eau. Une minuscule épicerie nous comblera en biscuits divers. Mais de bouteilles d’eau, point, nulle part. Je propose à mon taxi de s’arrêter à ce point du village (qui en forme comme le centre : une épicerie et une boutique de cosmétique/pharmacie). Des hommes à moitiés assoupis.
Je laisse là mon chauffeur se remettre, à l’ombre, de ses émotions. Pour ma part, je reprends le chemin à pied, en sens inverse, à la découverte de ses maisons d’un autre temps et de leurs habitants – charmantissimes, accueillants et si peu farouches. M’aventurant à l’intérieur d’une rizière, je suis supris par un petit groupe de femmes sur le point de faire sa toilette près d’un puits – je m’excuse d’une main et m’en retourne. Naturalité.
Sur le sentier, quelques enfants. L’un ou l’autre s’offre à mon objectif puis, chose faite, me demande un « pen » (crayon, bic) en échange. Dieu merci j’ai avec moi un paquet de biscuits.
Je croise un homme extrêmement souriant et sympathique, près de sa maison à laquelle il ajoute un étage – grande famille. – un peu plus tard, me dépassant à moto, il me proposera de me déposer ailleurs. Namasté !
Toute proche, une école : c’est l’heure de la récré, un petit nuages d’enfants (une école primaire), en uniforme bleu, s’égaient – cris, rires. Chouette, une école … poussés par mes souvenirs de pushkar et de fior di loto, je m’approche résolument. Même scénario : photos en échanges de « pen ». Finalement j’en trouve … 2 dans mon sac, que de multiples petites mains tentent de s’arracher.
Je fais « jouer » mes jeunes acteurs. Gros éclats de rire lors des scènes et surtout lorsqu’ils se voient miniaturisés et fixés dans leurs mimiques sur le dos numérique de mon 7D. Finalement, les 2 jeunes institutrices se laisseront numérisées elles aussi – mais qui suis-je donc pour oser numériser des êtres humains …
Je poursuis mon chemin, observant autant que je le peux. Un groupe de jeunes, dont une toute jeune femme, superbe, rayonnante, regard éclairé et grave, me fait le don de son visage. Je fais rire ses copains en les photographiant eux aussi (et eux d’abord, du reste, car je reste un grand timide).
Des vieux, d’autres enfants …
L’heure avançant, je rebrousse chemin en direction de mon chauffeur.
Shanku m’aura réservé plusieurs surprises et un très possible chagrin.
La chaleur tout d’abord. Ecrasante et humide lorsque je suis sorti de la voiture. Vu l’altitude prise, je m’attendais à une température plus basse qu’à kathmandu et c’est l’inverse.
Sur l’unique chemin principal, plusieurs minuscules gargotes garnies de quelques hommes, sirotant ou jouant aux cartes ou activement somnolent – mais tous souriants. Pas de travail ? Pas d’avenir ? Les seuls hommes que j’ai vu travailler étaient occuper sur le chantier d’une petite maison – 1 femme parmi eux, d’ailleurs. Tous affairés dans la poussière brûlante.
Un chagrin, enfin. Au détour d’un virage, je vois se dresser un immense panneau annonçant un futur lotissement. Ici, contrairement aux constructions anarchiques constatées en venant, le plan est soigneusement tracé (20 ou 30 maisons ou villas, je ne sais pas). Avenir radieux : dans x années, le shanku historique sera à son tour muséo-réifié – du moins si les promotteurs, ici comme partout ailleurs dans le monde, ne préfèrent pas raser ces bâtisses d’un autre temps que l’on finira un jour par trouver insalubres. Au mieux, le village sera fermé à la circulation ; une vraie route en dallage parfaitement réalisé le traversera ; les rez-de-chaussée seront transformés en boutiques High-tech ; tout autour maisons et villas – banlieue riche de kathmandu : ces privilégiés auront de l’air pur et un « vrai centre historique » en prime. – nos villes médiévales ont connu le même destin.
La post-modernité urbanistique abolira le passé vivant du village. Mais ce sont les promoteurs, ici, qui ont le destin de shanku entre leurs mains de béton armé – et armées de béton.
La population du népal a triplé en quelques décennies.
Les habitants à la recherche d’un travail quittent les montagnes pour la vallée de kathmandu et s’entassent, au mieux, dans des constructions béton/briques ou, au pire, des bidonvilles qui forment des pochent en plein centre ville de kathmandu, le long des rivières qui traversent l’agglomération ; la région du téraï, tropicale, autre principal poumon économique – et qui intéresse ses grands voisins – fait l’objet de la même migration.
Dans 10 ou 20 ans, la vallée de kathmandu et le téraï formeront un gigantesque tissu « urbain ». Vu les problèmes d’eau et d’énergie que connaît déjà kathmandu … quelles seront ici les conditions de logement, de vie, de travail ? Conséquence première et tragique pour le népal, la déforestation conséquente à ces mouvements de population : car il faut faire de la place – abattre des arbres.
La chance du népal restera, pour longtemps encore, ses réserves naturelles déjà bien organisées et sa fantastique chaine himalayenne. L’Unesco est très présente à travers de multiples sites classés (mes durbar square entre autres mais aussi telle ou telle réserves) et, dans la ville où naquit bouddha, l’un des plus grands centre international bouddhiste au monde, voulu par l’unesco.
Mais qui prendra la place des paysans et sherpas des montagnes, sinon les tours opérateurs dévolus au tourisme adrénalinique ?
Je ne sais si le népal rejoindra un jour le peloton des pays dits « émergeants ». Ou s’il s’enfoncera dans un scénario à l’africaine vu sa démographie galopante, l’émigration de travail des jeunes hommes vers les émirats (essentiellement), la balance déficitaire de l’import/export, la dépendance énergétique (vu sa puissance hydraulique, le népal pourrait être indépendant mais de vieux accords avec l’inde laisse à celle-ci 50% de l’électricité produite au népal).
Nous nous mettons enfin en route pour Bhaktapur. Dans une bourgade où nous nous arrêtons pour acheter (enfin !) des bouteilles d’eau (je suis désséché), 2 occidentaux (des australiens), une femme et un jeune homme, perdus, demandent à pouvoir faire un bout de chemin en taxi. Lui vient de travailler 2 mois comme volontaire dans un hôpital. Nous les débarquons dans l’une des villes far west – hideuse. « Vous logez ici ? » demande mon chauffeur avec mon étonnement. « Yes, we rent a house ». Toute une maison à louer, ici, ça doit coûter … à peu près rien …
Bhaktapur est relativement vite rejoint ; mais il est environ 16h, mon taxi doit être rentré pour 19h – il faut donc quitter la ville à 18h, ce qui ne me laisse que 2h.
Mais je suis crevé et j’ai peu mangé.
A peine arrivé à l’entrée du durbar square, un jeune homme en sweet bleu m’ouvre la porte pour me faire descendre du carosse. OK, c’est mon guide … je m’empresse de lui dire gentiment que j’ai besoin de boire un café et de m’asseoir. Je suis crevé, je dois faire quelques manipulations sur mon appareil photo. J’ai simplement envie de jouir de la vue, de la lumière de fin d’après-midi. Aucune envie d’un parcours systématique. Mais mon guide n’en a que faire et me colle. Je lui demande où je peux boire un café, il m’entraîne dans un bistro à étage fort joliment aménagé et … s’installe à ma table. Il tente de me parler et de m’embarquer dans son discours mais je suis concentré sur mon 7D et j’ai surtout besoin qu’on me foute la paix. Mon café arrive ; mon guide comprend qu’il use sa salive et se tait (il se contentera de me demander des cigarettes – ok, ok, no problem).
Que faire : m’en débarrasser gentiment ou tenter le coup ? Je me décide pour cette seconde option. D’une part, il m’a dit vivre ici depuis 30 ans – donc il connaît la ville comme sa poche. De l’autre, Bhaktapur présente une toute autre topographie que patan. Ici, c’est toute une vieille ville qui est préservée et restaurée en tant que telle, et pas seulement le « durbar square ». Le prix du ticket d’accès est à l’avenant : 750 rps, 3x plus qu’à patan (300 rps à kathmandu).
Je compte sur lui pour ne pas me perdre inutilement dans le dédale des ruelles. Je conviens d’un prix (300 rps). Je lui posse bcp de questions auxquelles il ne peut répondre. Comme il me dit être étudiant en thankas, je le lance sur ce sujet. Comme mon guide utam à patan, c’est en fait bien dans son école de tankhas qu’il veut m’entraîner. Mais à la différence de patan, Bhaktapur est la capitale népalaise du tankha ; un musée est dédié à cet art. Mon guide étudie dans ce qui semble être la principale école de thanka tibétaine, c’est donc là que je souhaite aller en priorité – et comparer avec la petite école tibétaine visitée lors de mon arrivée à patan.
Même scénario mais en bien plus grand : toute une maison, plusieurs salle de cours, une dizaine de jeunes hommes (parfois très jeunes) et femmes en apprentissage, sur 2 niveaux. Puis le maître des lieux m’entraîne lui aussi dans sa « galerie », espère que j’achète mais je décline.
Je prends néanmoins quelques photos – je reviendrai, si je peux : pour les tankhas : musée et école. Il y a là beaucoup de choses à apprendre sur cet art népalo-tibétain.
On se promène encore un peu dans la ville mais les commentaires de mon guide sont d’une nullité affligeante. Néanmoins, j’apprends deux choses. Je comprends que les « abris » surélevés, ouverts mais couverts, offraient d’une part des zones de relaxation, des abris lors des pluies ou des lieux d’ombre. Et, la nuit, d’abri pour les sdf d’alors (et de maintenant, s’il y en a encore : car cette ville, charmante entre toute, digne de venise ou Brugge, est une ville musée, musée vivant. Des groupes de femmes assises par terre dans les ruelles, dos au mur, tricotent des bonnets type péruvien. La ville est chique, propre, magnifiquement restaurée (ici comme ailleurs, un gros tremblement de terre a fait des ravages en 1934). Toute la ville est fermée à la circulation.
Contrairement à patan, le lieu est pourtant beaucoup plus formel et chic. Dans les cafés, on sert « à l’européenne » - loin de cette nonchalante et désinvolte torpeur des « serveurs » de patan. Service soigné, svp. Le touriste, ici, est un VIP. Et il y en a plus qu’ailleurs, ici, des touristes – et par groupes entiers – mais ce sont à peu près les seuls qu’on voit encore déambuler dans les rues. Où sont les habitants ; où est la vie vivante de cette petite ville historique ? Les boutiques sont tout aussi fraiches et chicos. Un poil guindé – du moins c’est mon impression.
Comme je demande à mon guide où se trouve le temple kâmasûtra local, il me conduit à un temple de Shiva où, effectivement, je ne suis pas déçu. Là encore je me risque à demander la raison d’être de ces représentations sur un lieu de culte. Réponse : ce temple est fréquenté par les couples qui ne parviennent pas à avoir d’enfants ….
(j’apprends également que si les pagodes ont plusieurs étages, c’est qu’il y a 1 culte/dieu par niveau) – ce qui résoud du coup l’énigme du temple de patan qu’on attribue tantôt à Vishnu, tantôt à Shiva.
Une fois arrivé au temple, je paye mon guide car j’ai une furieuse envie de rester seul un moment. J’arme mon réflex et en avant pour la prise de vue systématique des sculpture pornos – ce n’est que la 3e fois cette journée. Bonne récolte.
Puis je rejoins un autre café de la place centrale, toit-terrasse, pour un dernier petit repos dans la légère brise avant de reprendre la route.
(je ne sais pas pourquoi : dans tous les bistrots et restos, même éloignés de dizaines de kilomètres, le café est toujours servi dans les mêmes tasses vert pomme – tous le même fournisseur ?)
Je rejoins le taxi direction patan. La vieille ville muséifée est encerclée par les constructions standards, minimales, austères, pauvres.
Lorsque, d’ici 10 ans, l’essentiel de la vallée et, j’imagine, du teraï, sera recouvert de ces édifices hideusement minimalistes, comment fera le gouvernement si des règlements internationaux devait transformer cet immense parc d’habitation en le mettant à des normes de développement durable ?
La tâche prioritaire de gouvernement népalais est de trouver une parade à la déforestation – mais après ?
Le développement, l’orgasme, la cigarette : c’est pour les riches.
Que la chine, que les US, que l’europe, que la russie fassent, eux, le nécessaire pour réduire leur pollution – et la planète, je pense, sera suffisamment sauvée. Quant aux ¾ de la planète qui ne peut survivre qu’avec les moyens du bord (quand ils ne sont pas eux-mêmes pollués allègrement et sans vergogne par les industries capistalistes du nord), qu’on les laisse suivre leur chemin de « durabilité ». Les US ont signé les accords de Kyoto ? – sur le plan fédéral, non, mais voyez « l’état vert » que shwartzeneger, écolator roulant à l’hydrogène, fait de la californie. Quant à la Belgique, pays riche de la zone euro, elle vient d’annuler tous les subsides aux privés désireux de se doter d’une installation solaire.
De retour à patan pile à 19h, passablement épuisé, je rentre quelques minutes à ma chambre face aux pagodes. N’ayant pratiquement rien mangé de la journée, je me rends au Layeku kitchen pour un nepali chicken.
Durant mon succulent repas, je sens une démengeaison relativement forte dans le dos, côté droit, des reins jusqu’à l’homoplate.
Dos au miroir de ma salle de bain, je découvre avec un petit effroi une grande colonie d ‘énorme boutons. Je ne m’inquiète pas trop ; il est à peine 20h, la pharmacie du coin doit être encore ouverte – je passe, à tout hasard, devant l’échoppe des petites graines ayurvédiques mais elle fermée. La pharmacie, à peine plus loin et donnant sur durbar square (c’est la seule encore en activité le long de ce trottoir), est une échoppe parmi plein d’autres bourrée de petites boîtes blanches derrière le comptoir blanc vitré bourré d’autres petites boîte blanches. Je soulève ma chemise et montre mon dos au « pharmacien ». Mon homme ne s’inquiète pas une seconde. Il me badigeonne en silence le dos avec je ne sais quel produit et refuse de se faire payer. Le souvenir de ce dispensaire de pushkar où je m’étais fait soigner pour une petite blessure au pied … faire confiance aux traitement locaux – pour des traumatismes plus graves, en appeler par contre aux cliniques privées.
Je n’ai absolument aucune énergie ce soir pour entreprendre quoi que ce soit. Coupure d’électricité (la veille, je m’étais racheté un briquet … pourvu d’une minuscule ampoule !). Avant de rentrer dans ma chambre, je me rends dans un café, à l’angle d’une ruelle perpendiculaire au square, je n’y suis encore jamais allé. Je fais le point sur ce que je souhaite faire les 15 prochains jours. Le serveur a quelque difficulté à comprendre que je ne souhaite qu’un black cofe (mais qu’est-ce que je leur ai fait ?)
Des 3 durbar square historique, celui de patan garde ma préférence. Superbement entretenu, il a gardé sa vie grouillante, simple, riante. Moins touristique, plus spontané.
Kamal m’appelle sur portable. Djuni a tenté de me joindre durant mon équipée, en journée. Mais après 18h, elle ne peut plus ou n’ose plus appeler elle-même. Nous fixons rendez-vous pour le lendemain : rendez-vous au centre de désintox de Bimal – rencontré dans les airs, entre bahrein et kathmandu.
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