Lever 7h pour un « raid » photo dans le plus important centre hindou du népal : pashupatinath. - j'ai dû ouvrir moi-même les portes pour sortir, le "gardien" étant absent.
Hier soir, le mangaer de l’hôtel n’était pas certain, lui, que les indiens « oranges » y seraient encore ; et ce matin, mon taxi m’affirme qu’ils y seront mais qu’ils seront aussi ailleurs.
Bref je tente le coup.
Il pleut.
N’ayant encore rien avalé, mon taxi m’ayant à peine déposé, je commence par boire un massala thé avec un grand beignet au riz dans une gargote minuscule. Tout ici me rappelle l’inde.
Arrivée devant le centre, animation des grands jours ! Il faut d’abord parcourir une longe allée bordée de chaque côté par les échoppes souvenirs, paniers de fleurs ou d’offrandes, … des clochards, nombreux lors des fêtes, font la manche. Et il pleut, il pleut … je protège comme je peux mon 7D.
C’est lundi et des centaines de femmes ou plus font la queue, les pieds dans la boue et sous la pluie, pour avoir accès au gigantesque temple de Shiva. Mais beaucoup d’hommes participent à ce rituel – à moins qu’ils ne soient là pour d’autres raisons.
Le lieu saint occupe l’équivalent de plusieurs terrains de football. Traversé par une riviève qui se jette au loin dans le gange, le lieu est aussi un « petit bénarès » où l’on fait des crémations. Sous la pluie et sur le même côté de la rive, l’un ou l’autre enfants plongent et jouent dans l’eau brune, en amont du lieu de crémation avec ses marches.
Des dizaines de saddouhs ; des brahmines à l’entrée de chaque petit temple ; des arbres immenses lourds de pluie qui les recouvre ; des singes ; la cohue …
Mais avec cette pluie, l’atmosphère est encore plus atemporelle. Les indiens « oranges » sont là aussi, pieds nus et sans habits contre la pluie. Certains groupes s’en vont, d’autres arrivent. Je me promène d’un coin à l’autre pour les photos – dans un coin, très discret, je remarque un jeune couple d’étudiants comptant fleurette. – c’est le second que je vois depuis mon arrivée – le premier, c’était le soir, dans une semi-obscurité, sur un grand toit plat protégeant des échoppes ; je les ai vu depuis le resto où je dînais.
La pluie, les arbres immenses au dessus de dizaines de temples minuscules – la plupart abritant un Shiva linga – , une crémation saisissante, la cohue multicolore et insensible à l’eau qui tombe … forment un cadre tout à fait inhabituel, hors temps, hors lieu, magique.
Après 2h de photos et un nouveau thé pour me réchauffer, je monte dans le taxi pour me rendre à l’autre temple où j’aurais la chance de voir – j’espère – cette étrange et inexpliquée fête de Shiva pour laquelle on vient même de l’inde – mais je comprends finalement que ce lieu est, lui, à 5km de la ville. Demi-tour donc et lent retour vers patan dans le trafic qui s’est réveillé.
Flor est arrivée la veille ; nous nous retrouvons pour dîner à la terrasse du palais terrasse. Nous retrouvons là – coïncidence – d’autres amis (italiens) de flor et l’une de ses connaissances à kathmandu, un népalais joaillier. Nous passons tout le début de l’après-midi à deviser sur la terrasse.
Puis Suman – c’est le nom du joailler – nous propose de nous faire faire une petite promenade dans patan puis d’aller prendre un verre à son atelier.
Nous nous arrêtons tout d’abord au golden temple bouddhiste. Suman nous explique alors d’autres aspects que j’ignorais encore. A titre personnel, il est « rattaché » à ce temps – un peu comme les chrétiens à leur église du village, mais aussi parce que ses ancêtres ont participé à l’ouvragerie en or de ce temple.
Lequel appartient à la mouvance « vajrayāna », historiquement la troisième dans l’histoire du bouddhisme ; mouvance fortement imprégnée de tantrisme. Son symbole fort - le « vâjra » à la forme symbolique de la foudre et on retrouve ce symbole partout dans les temples et … échopes de patan et kathmandu. Mais Suman lui-même appartient à la première école du bouddhisme, celui du « petit véhicule ».
Comme une pluie diluvienne s’abat alors, nous nous abritons dans l’une des pièces du temple, attendant que ça passe – et j’en profite pour quelques photos.
La pluie cessant, nous nous mettons en route tout d’abord pour l’appartement personnel et familial de Suman. Nous y arrivons en traversant plusieurs cours d’immeubles - certains aux façades admirables, et la cour abritant un à deux stupas de pierre – et en empruntant des passages très bas pour passer d’une cour à l’autre. Autre vue sur patan …
Nous arrivons enfin dans la cour de l’immeuble de Suman : les fenêtres sont boisées dans le plus pur style newar. Silence total en ces lieux.
Nous montons à l’étage après avoir enlevés nos chaussures et là je comprends que les népalais sont vraiment petits : la hauteur sous plafond des appartements des maisons « anciennes » ne dépasse pas 1,6m de haut ! On est bien obligé de s’asseoir … !
Enfin nous nous rendons à l’atelier de Suman. C’est en réalité, dans patan toujours, un très bel immeuble de plusieurs étages : son bureau et, sur 2 niveaux, les ateliers de ses créations.
Appartenant à une famille d’artisans des métaux, Suman a retrouvé au japon une ancienne technique d’alliages de métaux distincts (cuivre et argent, par exemple). Il fait l’essentiel de son business avec le japon (où il se rend 1 à 2x par mois). Son label a la même « quote » que cartier, montblanc, … Et effectivement, les photos que nous voyons témoignent d’un savoir-faire extraordinaire.
Nous restons très longtemps à discuter (art, philosophie, joaillerie, religion, …) dans son bureau, buvant du thé au lait et écoutant de la musique népalaise – des amis de Suman, musiciens.
Puis Suman nous emmène dîner à une très bonne adresse – resto proposant, outre la table et un bar, concerts hebdomadaire et librairie (renseigné dans le Routard comme étant une des meilleures adresses de patan). Nous nous installons dans la petite cour pavée.
Au fil de ces heures de discussion, j’apprends entre autres que le m2 constructible à kathmandu est aussi élevé qu’à manahatan ; que certains petits appartements de patan se louent à 1000 ou 1200 euros (et d’autres davantage) – mais il en est aussi à 80 ou 300 euros ; les 2 fils de Suman étudient en inde ; sa fille a pris l’allemand comme langue étrangère (dans son lycée de patan) et partira prochainement plusieurs mois en Allemagne. Suman est membre du rotary. Discussions autour de la politique, de l’instabilité actuelle du gouvernement. Evénement : le parti maoïste, qui n’est plus majoritaire, a voulu, il y a quelques semaines, montrer sa force en rassemblant des milliers de partisans. Suman et d’autres ont voulu montrer aux maoïstes qu’ils n’étaient pas les seules en politique : à l’aide de facebook, du portable et des textos, ils ont réussi à rassembler en très peu de temps un nombre encore plus grand de personnes dans kathmandu … En gros, les népalais sont dégoûtés par la politique …
Nous parlons aussi du pays, lieux à voir, quand, comment, …
Je retiendrai avant tout que Suman est un bouddhiste fervent ; et que dans le bouddhisme aussi, des évolutions se font jour. Le « clan » bouddhique auquel appartient Suman est le même que celui auquel appartenait le bouddha. Or ce clan a des règles extrêmement strictes en matière de mariage – interdiction formelle de « mélanger les sangs », quitte à épouser sa sœur. Mais il y a peu, lors d’une fête donnée au golden temple, suman et d’autres ont tenu à ce que puissent se joindre à la cérémonie tous ceux qui, aussi fervents, n’étaient pourtant pas de ce clan. D’après lui, dans une ou deux générations, ces anciennes interdictions n’auront plus cours.
Certes, hindouisme et bouddhisme sont étroitement « mixés », mais chacune des 2 religions ne perd pas son identité profonde – et dans le passé, l’hindouisme sut se montrer répressif. C’était il y a fort longtemps : les hindous avaient voulu obliger les bouddhistes à pratiquer un rituel de sacrifice animaux. Les bouddhistes avaient refusé et … avaient réussi à trouver le compromis en sacrifiant … des œufs.
Fin de sortie à 21h30 … Les népalais se couchent tôt – l’animation dans les rues est finie vers 20h, et il y a comme un couvre-feu officieux à partir de 22H - et se lèvent tôt – 5h pour Suman qui commence ces journées par une heure de tennis.
Quant à moi, après cette journée très imprégnée de bouddhisme, je ne sais pas encore à quelle heure je me lèverai demain, j’ai diverses possibilités et il me reste encore un peu de temps ce soir pour me décider … mais je m’endormirai bercé par le souvenir de la pluie sereine du golden temple et le rythme d’un autre temps de ces douces percussions népalaises.
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