Lever difficile, gros rhume et sentiment d’état grippal. Je me décide à un jour « off ». Repos-dodo, tranquille, gros dos.
Comme je dois sortir pour une course vers les 10h, je constate une étrange animation en ville en ce samedi : au Krishna-vishnu temple, des hommes et des femmes superbement habillés se livrent à des rituels. Ayant descendus les marches du temples, entre ses paires de lions, les hommes – comme le pape – s’agenouillent au sol et le baise de leur front.
Que se passe-t-il ? Je croise l’un des guides du square que j’ai déjà rencontré et il m’explique qu’aujourd’hui, c’est (je résume) le jour où l’on « paye » pour les fautes commises dans les vies passées. Demande de réparation. On vient faire offrande dans ce but. L’attrait du rituel du jour n’est cependant pas visible : les femmes se font des cadeaux entre elles – et pour la même raison : obtenir le « pardon » des fautes. Je demande à mon guide pourquoi les hommes ne font pas à la fois ce jour de jeune et d’offrande – je n’obtiens pas de réponse très claire et je n’en trouverai pas durant cette journée. Mais manifestement, ce sont surtout les femmes qui jeûnent en hindouisme.
D’après ce que j’observe, les femmes entrent, montent à l’étage où elles s’acquitent de l’offrande, font le tour de l’étage extérieur (côté « balcon », si l’on veut), avec telle ou telle geste à tel endroit précis, faisant sonner une cloche, etc. Puis redescendent et s’en vont non sans avoir laisser un matabiche au brahmin de l’entrée, sempiternellement assis au même endroit depuis mon arrivé – à l’entrée, près des lions. Aujourd’hui, il a une fleur à l’orellle et il semble heureux de ces nombreuses visites féminines.
A deux pas, près du minuscule temple de Shiva – extrémité nord de durbar square, mais de l’autre côté de la ruelle – des femmes en grande tenue font la queue, sachet ou assiette d’offrandes à la main, pour entrer dans la minuscule antre de Shiva où elles accomplissent d’énigmatiques gestes.
Et ici que se passe-t-il ? j’apprends que ce lundi, et les autres lundis de ce mois, les femmes jeûnes et vont en rituel au temple de Shiva. Motif : trouver un bon mari. L’origine de ce rituel aurait pour fait l’histoire d’une femme amoureuse de Shiva et prête à tout pour qu’il jette les yeux sur elle (je pense qu’elle a réussi).
N’écoutant que le réflexe du réflex, je prends pas mal de photos, au Krishna temple puis au Shiva temple – puis je me racrapahute me coucher.
Mais j’avais 2 rendez-vous prévus vers les 11h : avec sanam au blue sky et avec djuni pour la visite commentée en live des rituels, dans les temples.
Vers 10h45, sanam me téléphone pour savoir où je suis (en réalité je lui avais dis que je passerais au blue sky pour le voir entre 10h et 11h, mais je suis resté dans ma cellule le plus longtemps possible). Donc je me rends au blue sky où m’attend sanam. Très cordial, il me raconte sa gueule de bois qui ne passe pas – li a fait la fête avec quelques amis en buvant de l’alcool de riz « home made » … dur, donc …. Il en a encore mal à la tête. Il tente de se rouler une clope, sans succès.
Nous sommes rejoint par son ami - qui est en fait son business Partner et mentor (« il m’apprend le métier » - de DJ). A deux, ils ont créé, il y a 7 mois, leur activité de DJ. Le « maître » a 30 ans, belle gueule, avenante, doux, souriant. Le jeune, sanam, aimable à ravir et toujours aussi dégoulinant et désireux de parvenir à se rouler une cigarette.
Ils réalisent assez vite que je suis comme enrhumé. Sorte de « mal de kathmandu » : l’eau, mais aussi la pollution et les changements de climat génèrent ce petit malaise, les habitants de kathmandu eux-mêmes peuvent en souffrir.
Je leur demande s’il existe un docteur ayurvédique dans le coin. Oui, bien sûr ! l’officine se trouve … dans l’un des angles de la place. Le déjeuner terminé, ils proposent de m’y accompagnent et m’aident à expliquer au vendeur (c’est une échoppe en bois qui regorge de sachets phytothérapeutiques divers. L’échoppe (qui s’ouvre en réalité de chaque côté de l’angle de ce coin de la place) tient plus de l’épicerie ou du fleuriste vendeur de graines que de la pharmacie.
Je m’en sors pour 3 euros de « médecines » diverses (nez, fatigue, éventuels troubles gastriques d’ordre général).
Pour le nez, des gouttes à l’eucalyptus – mais selon une préparation spécifiquement ayurvédique je présume.
Ça soulage bcp – je les ai rapidement testées.
Vers 11h, je les quitte un moment pour rejoindre djuni à qui j’explique que nous irons faire la tournée des temples vers 16h, si je me sens assez costaud.
Je reviens au blue sky manger mon assiette de nodles en compagnie mes 2 DJ. Nous échangeons les cartes de visites. Ils m’appeleront pour des photos de l’une de leur « party » s’ils en ont l’occasion – pas de mariage en cette saison. Pour une raison religieuse que j’ai oubliée, l’été n’est pas propice aux mariages, je ne sais plus quelle divinité rendrait problématique ces unions.
Après quoi, et le détour par la boutique des petites graines étant faites, je retourne m’allonger.
A 16h, je décide de rejoindre djuni. Je ne suis pas en forme mais l’occasion est trop belle de me faire faire une visite commentée des rituels féminins … par une femme qui elle-même pratique ce rituel en ce jour.
Nous nous rendons au Shiva temple, à quelques minutes de durbar square. Temple que j’avais visité au tout début de mon séjour ; mais il n’y avait alors pratiquement pas d’activités, et le temple lui-même était fermé. Je suis donc ravi d’y voir la foule et ce temple en pleine activité : technicolor ! végétaux de toute nature, fleurs, fruits (bananes, surtout)
Grâce à djuni qui se fait mon interprète et guide, j’ai pu m’approcher de très près des énormes lingams colorés et prendre des photos, et même des photos d’officiants – superbes mâles racés, dignes, en habits rouges. Sans la présence de djuni, je n’aurais sans doute pas oser m’approcher aussi près des linga que renferment les temples, fermés la plupart du temps – lorsqu’il n’y a pas de cérémonies particulières. D’autres brahmins, à la sortie des temples, échanges bénédictions et autres prières contre offrandes végétales et financières.
(les hommes seuls, je le rappelle, ont le monopole des cérémonies, ils ont donc seuls le droit d’officier. Ils sont brahmins. Ils sont parfois plusieurs hommes d’une même famille à officier dans un temple. Dans ce cas, ils se relaient au fil de la journée (de 2h en 2h, me dit djuni avec le sourire).
Multiplicité des Shiva-lingam en action, recouverts d’offrandes ! La drôlerie ( ?), le paradoxe ou que sais-je est que pour ces deux cérémonies (y compris au temple de Krishna : très peu d’homme en réalité ; et je ne sais plus de quelle rituel il s’agissait là), il n’y avait que des femmes
La tika : il y a en en réalité 3 sur le front des femmes : entre les yeux, la tika est une pastille autocollante purement esthtique. Une parure. En haut du front, une tika de signification religieuse, composée souvent de 2 couleurs. Le sens peut en être variable.
Ce jour par exemple, la tika frontale de djuni signifiait son culte à Shiva à qui elle demande d’exaucer ses vœux (financiers pour une grande part). Cela dit, elle peut aussi faire le rituel des femmes-à-marier, car c’est une façon de prier pour son mari.
Elle me dit accomplir ces démarches avec joie.
Elle a une dévotion pour un dieu particulier dont j’ai oublié le nom – ici comme en régime chrétien, les dévotions sont très individualisées. Chez nous, elle portera sur tel ange ou tel saint.
Après le grand Shiva temple, nous revenons au petit de durbar square, où j’avais déjà pris des photos le matin. Nous achevons le tour dans le temple du dieu-commerce, extraordinaire édifice en dentelle de pierre. Seul temple hindou où les non-hindous de ma catégorie peuvent accéder – mais photo intérieures interdites. Nous gravissons lentement l’escalier étroit et sombre qui mène au premier niveau (« mind your head », oui, certes !), enlevons nos chaussures une fois arrivés à l’étage. Peu de choses à voir sinon, comme dans une « box » centrae, une énorme divinité dont j’ai oublié le nom, elle aussi recouverte d’offrandes – ce temple est en activité du matin au soir ; mais c’est surtout tôt le matin qu’il faudrait y venir.
Je retourne m’allonger avant de sortir manger rapidement un plat de nouilles accompagnés de black cofe et de french fries.
Coupures d’électricité, annoncée dans la presse, de 20h à minuit.
Les coupures d’électricité sont de plus en plus fréquentent. D’après mon manager de la guesthouse, c’est en raison des machines, vieilles et détraquées.
Je n’ai pas encore pu joindre le directeur du musée.
On dit les népalais très superstitieux – je pense pouvoir le constater aussi. Au japon déjà j’avais été frappé par la superstition d’une population largement athée depuis Hiroshima et frappée d’hébétude par l’auto-désaveu (à la demande américaine) de l’empereur, celui-ci ayant dû proclamer publiquement qu’il n’était pas de droit divin. La superstition, croyance magique, excite passablement la critique des esprit sceptiques et cartésiens dont je pense faire aussi partie. Néanmoins, la discussion avec djuni m’amène à voir ces rituels autrement. Lorsqu’on éprouve de manière plutôt aiguë telle ou telle détresse, et lorsqu’aucun frère humain ne peut vous consoler ni encore moins vous aider, comment ne pas se tourner spontanément vers une aide directe d’en haut ? Et y engager toutes ses tripes avec les moyens dont on dispose ? – et quel pourcentage, chez nous, athées cartésiens et matérialistes ne lisent-ils pas un ou plusieurs horoscopes par jour en payant nos propres brahmines pour leurs prédictions ? Et les mêmes (ou quasi) ne jouent-ils pas régulièrement au loto ; et combien de papier à gratter dans l’espoir de … ? La française des jeux – autre de nos mythologies, dirait barthes.
Je m’endors facilement, le nez nettoyé et parfumé d’eucalyptus ayurvédique.

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