Quelques bonnes heures de sommeil et un semblant de grasse mat’ plus tard, je m’éveille péniblement (et avec un torticolis dû à la rigueur du matelas ; faudra que j’en empile 2 l’un sur l’autre). Help, du café. J’en appelle à la réception : le plein de black coffee + sugar please ! Quelques interminables minutes plus tard, un jeune serveur discret m’apporte une cafetière de milk coffee. Qu’importe. Je savoure et achève de m’éveiller en regardant le spectacle par ma fenêtre, écran géant 3D.
Pour recharger un tant soit peu mon portable, j’utilise la prise de courant de la sdb – car les autres servent au mac et autres batteries. Quelques minutes plus tard, le patron frappe à ma porte. J’avais dû débrancher, dans la sdb, le câble qui occupait les petits trous électriques ; ce câble s’échappait ensuite par une petite fenêtre de ventilation vers je ne sais où. Le patron m’explique que c’est le câble du modem – mil … Au bout de quelques minutes de tâtonnements (pas facile de faire en sorte que le courant passe de manière continue), le patron rétabli le www … - grâce à quoi j’apprends alors par un autre client qu’il y a wifi dans la guest house, chouette. Sera plus nécessaire de sortir chaque soir la chaise de ma chambre.
A peu près réveillé et paré, je décide d’aller à la guérite des gardiens, à l’angle du square y acheter le « pass » qui donne le droit de déambuler entre les temples. Comme je loge vue sur pagodes, on me fait le papier d’autorisation ; et je ne pays pas plus cher (200 rps pour les 10 jours). Un jeune aux cheveux noirs qui traînait avec les jolies agentes en uniforme bleu m’adresse la parole et me demande si je veux de l’herbe ; je décline. Il laisse là ses copines, intrigué par mon manège : je roule une cigarette. On cause un peu. Il me raconte (faussement souriant) se droguer beaucoup. Rien à faire dans cette ville, ennui mortel …
Nous sommes en train de parler lorsqu’un homme tout de blanc vêtu s’approche de nous. Il s’adresse à moi directement en français, et très bien. Je devine qu'il se propose de m'emmener pour la visite de la place. J’ai quelques secondes pour me décider … rien sur lui n’indique sa compétence. Bon, j’accepte, voyons voir ... En cours de route, je lui pose toutes les questions qui sont les miennes depuis l’inde (enfin presque toutes) et il y répond plutôt bien (ce qui me permet de le tester un peu). Du reste il parle très bien le français ainsi que l’italien et l’anglais (d’autres locaux se proposent également comme guides sur la place, même des enfants). Je ne fais aucune photo pour être tout ouïe. Ces multiples explications lèvent quelque peu le voile sur les symboles innombrables qui pleuvent de partout. 
J’en apprends un peu sur la différence entre les pagodes (matières – briques ou pierre -, nombre d’angles), d’origine tibétaine ou népalaise. Il se fait un plaisir de m’emmener sous l’une des pagodes en bois me montrer la vingtaine de petites sculptures du kâmasûtra qui ornent les 4 façades, sous le toit – mais c’est l’une d’elles surtout qu’il veut me montrer : une dame offrant son fondement à un fier étalon. Passage obligé pour les toutous, j’imagine.
De là il m’emmène au golden temple, fameux temple bouddhiste – il y en a beaucoup à Kathmandu et très réputés. Là aussi, nombreuses et bonnes explications sur les mantras et leur signifiacation, les représentations des tankas, le samsara, les moulins à prière, le rat sacré …
J’aurai appris que le cochon est le symbole de l’ignorance ; que les rats sont sacrés car ils sont le véhicule (le tapis volant) du dieu ganesh (l’éléphant, prince du bonheur, de la bonne chance et du business) – il y a l’un ou l’autre rats qui courent dans le golden temple. – tous les jumbos n’ont pas peur des souris.
Il aura tenté de m’expliqué la mythologie hindoue mais c’est encore loin d’être clair. Certes il y a Brama, Vishnu et Shiva ; mais chacun se démultiplie de multiples façons, masculines et féminines, a des épouses avec lesquelles il a des enfants, des animaux qui les véhicules (les dieux hindous sont de grands travelers). Tout ça est encore un peu brumeux. Mon guide m’explique aussi pourquoi il est tout en blanc : son père est décidé il y a peu ; il a dû se couper les cheveux (il me montre une petite photo noir et blanc où il les porte très longs) et doit s’habiller de blanc durant un an (si j’ai bien compris).
Fin de la visite ; mon « guide » m’entraîne alors vers … une boutique de tankas. Nous y voilà … (je lui avais demandé, plus tôt, un ordre de prix raisonnable pour ce type d’œuvres et n’avait pas voulu me répondre - "after, after". Je comprends pourquoi). Outre le patron, un lama tibétain est occupé à peindre un gigantesque mandala dans l’entrée. En face de la ruelle, une école tibétaine d’apprentissage de la peinture tanka (les tibétains sont très nombreux à kathmandu). Je suis le premier client de la journée (je le sais), et je sais combien c’est important pour un commerçant du coin (c’était la même chose en inde) : c'est un signe de chance pour les affaires du jour. Et le touriste est rare. On me fait asseoir, on me présente le cendrier ; le patron en veut. Alors j’en profite pour recevoir toutes les explications possibles sur les tankas – support (le coton, c’est le mieux), techniques (la peinture à huile car résistante l’eau), le sens des mandalas (un stupa vu de haut), formats, représentations (calendrier hindou – samsara -, etc.) et bien sûr … combien … ? Pris à mon propre jeu, je salive rapidement pour 2 tankas (à peu près similaires, grand et moyen format) dont je rêve depuis l’inde : texte circulaire en or sur fond noir, format carré. Tout pur … Peints par le lama ici présent. Je craque pour un moyen format et je demande au lama s’il veut bien signer ma nouvelle acquisition. Demande peu habituelle … Pendant sa signature, le patron m’emmène de l’autre côté visiter l’école. 2 élèves assis au sol sont occupé à peindre des mandalas grands format. Enhardi, le patron me propose de visiter sa galerie de tankas. Nous montons ; porte fermée à gros verrous. Petite pièce tapissée de tankas multicolores, grande table au milieu jonchée de rouleaux et de la grande calculatrice. Et là il me sort quelques tankas du début du siècle. De toute beauté. Prix à l’avenant – mais à négocier … Nous retraversons alors la ruelle car il veut me montrer son trésor : un tanka vieux de 300 ans – dit-il. Et de fait, il paraît bien vieux. Prix demandé : 1200 euros. Je ne sais qu’en penser. Est-ce le prix du marché ? Comment s’assurer de l’âge (je n’y connais rien) ? Et comment se l’est-il procuré ?
Je repars avec mon guide à qui j’ai demandé de m’indiquer une bonne boutique où acheter un cendrier. De retour sur la place, je lui demande la faveur de pouvoir le prendre en portrait, tenant à la main sa petite photo noir et blanc. Il accepte. Clic devant le temple de Shiva.
Après cette promenade somme toute assez longue, j’entre dans un café en rez de chaussée, à l’angle de durbar square. Aucune enseigne, quelques tables, un patron tonsuré. A l’arrière, où je m’assois, un jeune homme est occupé à pétrir de la farine. Je clic-clac … puis je m’installe. Black coffee. Je commence à rouler une cigarette et … le petit manège attire à nouveau l’attention. Un jeune homme, le front en sueur, s’assied et me regarde faire, fixement, étonné. Je lui montre. On cause ; j’apprends qu’il est DJ (il avait prononcé « dizi » et donc je n’avais pas compris tout de suite) ; il anime soirée privées, mariages, … échange de cartes de visite (je fais les miennes à la main).
Il veut se rouler une cigarette ; je lui montre alors. Il essaye … bon … on est tous passé par là. Reprenons. Un copain arrive alors, qui veut apprendre à son tour. Je décide alors d’ouvrir une école où je serais le guru enseignant l'art de rouler les cigarettes (avec filtre ; une difficulté supplémentaire). Nous nous sommes bien amusés … et mon DJ, à la 4è tentative, est arrivé à quelque chose de fumable. Bravo. Je lui promets de revenir le voir.
Il est l’heure de manger (mais je ne sais pas quelle heure précisément) et je me dirige vers un petit « resto » tout à fait typiquement non touristique, dans une ruelle longeant l’un des temples. Je l’avais remarqué hier (mais on n’y sert pas de café) et la dextérité de la patronne aux fournaux, assise (affalée ?) à l’entrée, et la beauté des aliments sur son immense plaque à cuir m’avaient déjà ouvert l’appétit. J’entre en baissant fortement la tête et m’installe au fond (PS : les népalais sont généralement de petite taille ; c’était sûrement encore plus vrai il y a 3 siècles. Un peu partout les « mind your head » témoignent de nombreux accidents). Seule la vieille table en bois du fond est libre. Ca m’arrange, vue parfaite pour les photos. Quelques hommes attablés. La pièce est étroite et basse mais les murs colorés. Personne ne venant « prendre ma commande », j’interpelle l’un des gamins mal habillés qui fait fonction de serveur. Il me dit (mais m’a-t-il compris ?) que je ne peux rien avoir à manger. Je me lève donc et demande directement à la patronne cette fricassée qui m’a l’air savoureuse. Et la permission de la prendre en photo – elle consent.
Quelques minutes plus tard, je déguste, pour 0,60 euros, une délicieuse recette d’omelette mêlée de pain local et de légumes.Ainsi rassasié, je me remets en route. Je veux revoir tranquillement et à mon aise le golden temple. Mais tout d’abord … je veux me faire ma collection d’images de kâmasûtra et je photographie de manière systématique et consciencieuse chacune des petites sculptures vieilles de 3 siècles au moins. Sous le regard amusé des "sit and watch".
Pourquoi l’exposition publique de ces images – omniprésentes en Inde, dans les temples ? D’après mon guide, finalité pédagogique … Fort probable. C’était aussi le rôle des estampes érotiques japonaises. En Inde – comme en europe au temps des cathédrales et des vitraux, utilisés à d’autres fins – le taux d’illettrisme était à peu près total. Une image vaut mieux que 1000 signes écrits.
Les occidentaux sont friands du kâmasûtra. Mais il n’est pas certain que les hindous eux-mêmes en tirent tout le bénéfice (du moins pour la partie sportive). On me dira que le christianisme a fait longtemps du sexe un péché. Certes. Mais d’une part : ce sont des dérivés du christianisme (manichéisme, notamment) qui ont radicalisé – et malheureusement diffusé – les idées anti-sexe et anti-chair. Si l’on revient au texte biblique, une tout autre interprétation existe – et dieu merci Vatican II a remis à l’honneur une autre vision de la sexualité et du plaisir (mais il reste encore un peu de chemin à faire; courage mm les cardinaux). Ensuite, on doit au christianisme, en dépit d’autres égarements, d’avoir répandu … l’amour libre. Mais oui, puisqu’il ne peut y avoir mariage, du point de vue sacramentel, que s’il y a consentement – donc désir et volonté libres – de chacun des futurs époux. Lesquels sont, en droit, d’égale dignité. Le mariage est donc un choix des époux eux-mêmes, pas de leurs parents ou du capital.
(PS : afin de respecter le droit subjectif à l'image, j'ai censuré la photo. De toute façon, rien ne vaut le déplacement personnel pour venir contempler cette merveille de réconciliation écologique de l'homme et de la nature).
Par ailleurs, le kâmasûtra très anatomique et sportif qui excite les occidentaux, positions extraordinaires dont on fait des machines à plaisir, est certainement très loin de ce qu’il représente – en termes philosophiques et spirituels – pour les hindous. C’est un recueil de textes (le chapitre sur les 64 positions n’est qu’une petite partie de l’ensemble) portant globalement sur l’art d’aimer – amour et éros. Et qui voit dans l’union physique le symbole de l’union religieuse. Et s’il est vrai que l’hindouisme est terriblement machiste – et devenu puritain, ce qui n’est pas le cas du kâmasûtra -, et que le sort des femmes y est rarement enviable, je constate ceci dans les rues, chaque jour : les papy’s promènent leurs petits enfants ; les papas portent le leur, même s’ils sont accompagnés de leur épouse. Et je me rappelle ce festin – tous mangeant à terre – lors d’une grande cérémonie à Pushkar : les hommes seuls étaient aux fourneaux et servaient tous les convives – hommes, femmes et enfants. On évitera donc de figer telle ou telle religion dans sa caricature (émancipatrice ou castatrice). Restera aux occidentaux à relire dans le texte original tous les traités du kâmasûtra … et les textes bibliques.
PS : il y a 64 positions dans le kâmasûtra indien original, or mon guide m’a expliqué que le népal en aurait développé 84. Aurais-je mal compris …? Sinon, quelle créativité !
PS2 : je me demande où trouver ces 84 positions (il m’en manque donc encore au moins 60 pour achever ma collection).
Mon petit travail d’entomologiste sexuel terminé, j’entreprends de retourner au golden temple. Sa petite cour, ses moulins à prière, la paix du lieu, la salle conventuelle des moines, les tankas, la tortue sacrée dans la cour … sollicitent l’index de mon réflex autant que mon désir de quiétude ombragée.
Mais je dépasse le temple et j'arrive ... au shiva temple. Qu'importe, je comptais m'y rendre aussi : sa pagode à 5 toits est un pur chef-d'oeuvre.
Aaprès la quiétude du petit golden temple, quelle surprise ! Détritus, fouillis, désordre, amoncellemments divers, odeurs nauséabonde - surtout par cette chaleur moite. Le temple des bactéries (mais je préfère ne pas y penser). C'est bien le temple de Shiva, dieu de la destruction (en gros : il détruit tout ce qui est mal ; Bénarès est le lieu saint de shiva). Les traces des sacrifices sont omniprésentes.
Mais quelle pagode ... Un homme prie sous un parapluie ; à ma droite, en retrait, l'encens brûle à l'entrée d'une petite chapelle où l'on vient faire ses dévotions. Juste à côté, à l'écart, un lingam (symbole phallique de shiva ; j'y reviendrai plus tard). En entrant je m'assieds, regarde, hume ... Je me promène, gauche, droite, les différents angles. Je prends quelques tofs puis je m'en vais ; en dépit de la beauté des lieux, je ne serai pas un dévôt de shiva.
Mais je dépasse le temple et j'arrive ... au shiva temple. Qu'importe, je comptais m'y rendre aussi : sa pagode à 5 toits est un pur chef-d'oeuvre.
Aaprès la quiétude du petit golden temple, quelle surprise ! Détritus, fouillis, désordre, amoncellemments divers, odeurs nauséabonde - surtout par cette chaleur moite. Le temple des bactéries (mais je préfère ne pas y penser). C'est bien le temple de Shiva, dieu de la destruction (en gros : il détruit tout ce qui est mal ; Bénarès est le lieu saint de shiva). Les traces des sacrifices sont omniprésentes. Mais quelle pagode ... Un homme prie sous un parapluie ; à ma droite, en retrait, l'encens brûle à l'entrée d'une petite chapelle où l'on vient faire ses dévotions. Juste à côté, à l'écart, un lingam (symbole phallique de shiva ; j'y reviendrai plus tard). En entrant je m'assieds, regarde, hume ... Je me promène, gauche, droite, les différents angles. Je prends quelques tofs puis je m'en vais ; en dépit de la beauté des lieux, je ne serai pas un dévôt de shiva.
Le golden temple est à 2 pas, j'y arrive vers 16h, décidé d'y rester le plus longtemps possible. L'entrée est gardée par deux gigantesques lions - 1 lion et 1 lionne, on ne peut pas se tromper, celle-ci exhibe de généreux obus peints en rose)
Dans une petite pièce de l’entrée, je m’arrête écouter un homme psalmodier les mantras. J’entre ensuite dans la cour, m’assied et observe - toujours au son du chant monocorde. Deux enfants me rejoignent, petite discussion ; le plus âgé, un ado, me dit à quel point la vie est ennuyeuse. J’observe, j’attends l’événement … une vieille dame de rose vêtu vient pour sa prière et fait le tour de tous les moulins à prière.
Dans une petite pièce de l’entrée, je m’arrête écouter un homme psalmodier les mantras. J’entre ensuite dans la cour, m’assied et observe - toujours au son du chant monocorde. Deux enfants me rejoignent, petite discussion ; le plus âgé, un ado, me dit à quel point la vie est ennuyeuse. J’observe, j’attends l’événement … une vieille dame de rose vêtu vient pour sa prière et fait le tour de tous les moulins à prière.
Je profite du silence. Le lieu est spirituellement habité ; une famille avec bébé occupe une pièce en rez-de-ch. ; un enfant tonsuré – futur moine – s’amuse avec la cloche …
Tout à coup je suis attiré par une scène peu banale. Un jeune couple d’expression germanique, bermuda et chapeau, peau blanche à coups de soleil, fait son entrée. Haro numérique sur la tortue. Puis madame sort du sac de monsieur un joli nounours brun. Quelle belle photo de famille : nounours et la tortue. Oui, de quoi sourire de bonheur (mais bon, on dira que c’est un souvenir pour le petit resté à l’hôtel ou à la maison). N’empêche : vous imaginez, vous, des japonais prenant une photo de leur toutou placé dans les bras d’une Vierge de Notre-Dame ? Il n’y a plus qu’une seule tortue sacrée au golden temple, m’avait expliqué le guide ce matin. Je comprends pourquoi : espèce rare, il faut la protéger des nounours (pour info : les tortues sont actuellement protégée dans une réserve naturelle proche de la ville).
Je reste songeur. Quels touristes sommes-nous ? Nous partons loin et dépensons beaucoup pour voir ( ?) statues de bouddha, torrents, clairs de lunes … mais voyons-nous les habitants eux-mêmes ? Et s’agit-il de voir ou de consommer ? Qui dirige le voyage, finalement – si c’est encore un voyage – sinon la loi du profit ? Nos voyages étant courts – il faut les limites à un maximum de 2 ou 3 semaines quand tout va bien – nous cherchons spontanément à les rentabiliser – c’est la manne des opérateurs de tous poils. Et on y va, d’un lieu à l’autre, d’un site à l’autre et en cadence. Vous en aurez pour votre argent, et nous le vôtre. Et tout le monde il est content. Tant pis si je passe pour un esprit chagrin. Mais je ne peux plus dissocier l’action de se cultiver de l’action de vivre (le philosophe M. Henry a des pages magnifiques sur ce sujet ; les droits d’auteur de la présente idée lui reviennent donc). En gros : basta les programmes ficelés à l’avance, qu’il s’agisse de voyage organisés ou de ceux qu’on planifie soi-même. Arrivé, cet hiver, à pushkar, ville sainte du rajasthan, j’avais bien planifié mon périple, moi aussi : le grand tour, pardi. Ne rien rater. Mais voilà, je n’y suis pour rien, je n’ai jamais pu quitter pushkar … et j’y ai passé 2 semaines ; et c’était encore trop court. Je n’imagine plus d’être en un lieu (d’europe ou d’ailleurs) sans y vivre, ne serait-ce que quelques semaines. Et j’ai certainement mieux « compris » l’inde après 2 semaines à pushkar – petite ville de 20 000 habitants sans musée connus - que 15 jours de ville en ville et de site en site. Je réitère au népal. Mon ami Dan et son épouse Kate appellent ça : serendipity. C’est la philosophie d’une vie dans sa globalité mais cette attitude convient particulièrement bien au voyage. Hélas il faut lui mettre une fin, et toujours la fin nous presse – dans la vie aussi … Mais entre le début et la fin, pré-voir le moins possible, et à gros traits seulement. Le consumérisme culturel (rentabilité, profit, accumulation d’images dans les numériques et dans la tête, en faire le plus possible, en ramener le plus possible …) est l’inverse du voyage … culturel. C’est Michel Henry qui le dit et je lui fais confiance : la culture (SE cultiver) est inséparable du fait de vivre – et la vie est création, expansion, chaos apparent … plutôt que préhension et rendement. Basta donc la consommation culturelle. Voyager, c’est vivre là … Le voyage culturel, après tout, est lui-même un art … de vivre. L’esprit n’est pas un ventre neuronique à gaver de manière rentable, et surtout pas avec de belles œuvres.
La question de fond est : pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi culture, voyages, voyages culturels … sont-ils à leur tour devenu objet de commerce – et vécu selon les mêmes exigences économiques : gérer, rentabiliser le séjour, etc . ? Bref « maximiser » le ROI (return on investment) ? Sans doute parce que c’est toute notre vie qui, du matin au soir, du lundi au samedi, de janvier à décembre, est placée sous le signe de la cadence. D’un voyage on revient intérieurement transformé. D’une consommation même culturelle on ne revient que repu. J’ai revu l’été dernier « les temps moderne » - inénarable charlie. Rien n’a changé ; la cadence est même devenue plus infernale que jamais. Les « vacances » deviennent des temps de compensation voire de décompensation quand ce n’est pas bonnement le seul temps un peu prolongé pour se reposer - reposer un corps et un mental épuisé par le stress du boulot. Et comme ces temps sont brefs … il faut les rentabiliser à leur tour. Un vrai loisir est créatif et reposant à a fois. Loisir (« otium ») est l’inverse de « négoce » ("nég-otium"). Les mots donnent encore à penser.
(PS, "routard" - 2009 - p. 46 : voyez "l'itinéraire proposé" pour 1 semaine à kathmandu. Si vous faites la total, le guide à la gentillesse de vous prévenir que c'est "chargé").
(PS, "routard" - 2009 - p. 46 : voyez "l'itinéraire proposé" pour 1 semaine à kathmandu. Si vous faites la total, le guide à la gentillesse de vous prévenir que c'est "chargé").
Le voyage comme le loisir ont changé de sens : il s’agit avant tout de se dé-payser (d’une manière ou d’une autre) pour se vider l’esprit du labeur annuellement éprouvé … et se rendre à même d’y retourner, à la mine, pour une année de plus.
Et il est tragique de constater que le vrai voyage – qui demande du temps plus que de l’argent – devient finalement … un luxe. Paradoxe ! Nous avons tout l’espace planétaire disponible (« sous la main ») – mais le temps nous fait défaut ; et nous avons désappris – ou nous sommes en train de désapprendre – qu’il faut laisser le temps au temps. Les temps modernes, c’est la perte du temps – le temps de la croissance et du devenir intérieurs (créativité) au contact d’une seule œuvre ou de très peu ; de petites portions d’espace ; et de ceux qui y vivent à demeure. J’ai attendu puskhar, et mes 42 balais, pour commencer à le comprendre : un « voyage » ne se vit pas différemment de la vie tout court et relève de la même sagesse – mais c’est bien cette sagesse que notre barbarie à mise en … vacances (« vacuum », dans le vide, quoi, au néant, aux orties). Toutes ces questions mériteraient bien plus que ces quelques lignes sur un blog. Mais ce livre a sûrement déjà été écrit.
Après encore une petite déambulation sur la place, j’ai eu envie de tester la cuisine d’un autre resto, à un autre angle du square. J’y ai mangé le plus délicieux chicken curry de ma vie … dans un décor très ancien. Sur le plateau de métal, un demi-cercles de bols remplis de saveurs et de sauces aux mille secrets. Je commence même à supporter leurs klaxons criards.




















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