mardi 27 juillet 2010

24/07 - J.3 - durbar square, les clés du chiffre


En dépit de ma visite guidée, durbar squar et ses temples, patan, kathmandu, le népal … restent encore pour moi un livre scellé – une jungle de symboles codés. Vu sa réputation – le meilleur musée de kathmandu – je décide ce matin de prendre tout le temps qu’il faudra au musée du palais royal de patan.
Le népal est de plus réputé pour sa tolérance religieuse et l’extraordinaire coexistence pacifique de ses deux grandes religions : hindouisme (80% à présent) et bouddhisme. J’aimerais en savoir plus. J’avais emmené en inde, et lu, une histoire de l’art indien – c’était mon seul « guide » (tiens, je regrette de ne pas l’avoir pris). Mais la complexité de la mythologie et de l’histoire de l’art indien demandent une certaine … patience. Je décide donc d’en comprendre un peu davantage et je compte sur ce musée.

Le périple commence au blue sky cafe par un nouveau black. J’attends mon breuvage et, pendant ce temps, le patron passe entre les rares tables avec 2 gros bâtons d’encens, un dans chaque main. La chaleur en cette matinée me rappelle la costa del sol.

Le musée de Patan est le plus beau musée de kathmandu. C’est aussi l’un des plus didactiques pour le néophyte que je suis – généreusement conçu pour les membres de mon espèce. On y accède par la porte dorée de l’ancien palais royal . Après avoir traversé une première cour – tout, ici, est de brique rouge et de bois – on accède au guichet – qui donne, lui, sur un splendide jardin avec grand potager. Le jardin sert d’écrin a un snack-resto à ciel ouvert, ombragé par des essences diverses – c’est l’un des coins les plus tranquilles et verdoyant que je vois jusqu’à présent. Le « routard » me signale que c’est aussi une très bonne table – je vérifierai. Le rouge des briques, le vert des arbres et des plantes. Et le silence en sus.

J’achète mon ticket (250 rps, soit env. 2,5 euros) ; un délicat et rugueux document en papier de riz.
Je suis décidé à prendre tout mon temps pour cette visite ; je m’attarde donc à  chaque œuvre, lisant – et parfois relisant , et parfois revenant en arrière car une explication à tel endroit suppose d’avoir bien assimilé une explication antérieure – chacun des encarts explicatifs en anglais uniquement. Mes chères petites grandes filles chéries, devenez bilingues, et vite !). Les explications sont formidables, brillantes de didactisme synthétique.

Peu à peu j’entre dans le monde des dieux … je commence à comprendre divinités, formes, incarnations, généalogie, symboles, expressions, jeu de jambes, objets sacrés, … Chaque dieu (sauf brahma, manifestement peu glorifié au népal qui lui préfère Shiva, Vishnu mais aussi Krishna et Indra, ancien roi des dieux) dispose de sa propre salle. J’en apprends davantage sur le linga, symbole phallique de Shiva qu’on retrouve partout – j’en avais vu déjà un grand nombre à pushkar – et le sens de ce symbole s’élucide enfin quelque peu. C’est le symbole le plus fort de Shiva – dieu de la destruction et de la création. Il symbolise la puissance créatrice de Shiva et sa capacité à contrôler la créativité en transformant l’énergie sexuelle en énergie spirituelle. Le linga se dresse dans une base évasée servant à drainer les précieux liquides des oblations. On le conçoit à présent comme symbole sexuel et principe féminin tout à a fois – par son drain, toujours orienté au nord.

De Vishnu, je retiendrai entre autre qu’il a connu 10 incarnations successives et que l’une d’elle n’est autre que bouddha him-self. La join-venture des 2 religions est ainsi réalisée.

Une petite pièce est consacrée au tantrisme, avec pour seule œuvre d’art le fac-simile d’un très ancien manuscrit (en forme de dépliant de près d’1,5 m de long, à vue de nez) représentant le « corps subtile » et ses chakras ascendants – bien au delà, ici, des 7 chakras corporels ; car l’ascension spirituelle se poursuit bien après qu’on a atteint le chakra du sommet de la conscience. Toujours plus haut. L’explication précise – et je vous le partage – que le tantrisme, sagesse ésotérique de l’hindouisme, titille profondément l’hindouisme classique : pour ce dernier, chaque être humain est enfermé pour des siècles dans des réincarnations successives avant d’espérer aboutir au paradis. L’enfer, quoi. Pour le tantrisme au contraire, moyennant l’assiduité dans les exercices appropriés (y compris sexuels), et uniquement accompagné du guru adéquat, un homme peut accéder à la paix céleste à l’intérieur d’une seule vie humaine individuelle. Conception de l’unité vie humaine/individualité tout bonnement révolutionnaire. Le tantrisme, de plus, développe une vision cosmique de la sexualité où c’est la femme qui tient le premier rôle en tant que force créatrice ou shakti (« énergie », « puissance », personnifiée dans de multiples déités.
Au point que ce n’est que dans l’union sexuelle avec une femme qu’un homme peut être « empowered » - « mis en état de puissance, empuissanté ». La sexualité est le véhicule de l’énergie cosmique et, finalement, homme et femme y accèdent de manière royale par l’union sexuelle – mais celle-ci, dans le tantrisme, n’a rien d’un sport – c’est une ascèse tout aussi bien.

Sexe fort enfin reconnu pour tel …

La grande salle consacrée au bouddhisme signale les 3 courants successifs de cette religion : le bouddhisme du « petit véhicule » (originaire, ascétique, tourné vers la recherche individuelle du nirvana ; le bouddhisme du « grand véhicule », plus populaire, consacre le rôle des bodhisatvas, « éveillés » renonçant à poursuivre leur quête vers le paradis pour se répandre en compassion pour tout vivant – et tout être inanimé – afin de les aider dans leur quête de la libération. Ce second courant peuple le ciel bouddhiste de divinités ; il intronise entre autres 5 bouddhas gardant le paradis, représentant 5 aspects d’un unique bouddha transcendant. Dans le couloir qui prolonge cette grande sale, le musée exhibe l’un de ces célestes bouddhas en train de copuler avec son épouse. Je suis d’abord très surpris par cette représentation car j’ignorais encore que le bouddhisme faisait grand cas de la génitalité – y compris au paradis. Mais c’est bien là ma vision de mâle occidental … en réalité cette union est la métaphore de l’union de la sagesse (monsieur, bouddha) et de la compassion (madame) ; de plus, ces représentations (typiques, donc, du bouddhisme du grand véhicule) ne peuvent être vues que par des initiés (c’est dire la pudeur qui les entoure ; rien à voir avec notre voyeurisme). C’est uniquement parce qu’ils connaissent l’attrait un peu lubrique des occidentaux pour ce type de représentations que les artisans locaux exhibent ostensiblement de telles reproductions dans leurs vitrines – j’en avais aperçue l’une ou l’autre lors de mon arrivée sous la pluie, mais celle-ci ne m’avais pas permis alors de me laisser aller à ma surprise. – Rien qu’à Patan, il y a 150 monastères bouddhistes.
Le 3è courant du bouddhiste est le plus ésotérique.

Cette grande salle donne également toutes les clé de base pour comprendre un autre monument fondamental du bouddhisme : le stupa … et son lien au mandala, qu’il reproduit architecturalement dans certains cas. Sur un tanka, le mandala à son tour s’inspire d’une vue d’en haut d’un stupa. Faut suivre …

Je découvre également l’existence d’un dieu spécial de la compassion, propre au népal, semble-t-il. Mon guide m’en avait parlé (il m’en avait montré une grande peinture dans le réfectoire des moines du golden temple) mais j’avis cru comprendre qu’il s’agissait d’une déesse (ou bien … c’était tout simplement son épouse ?). Ce dieu possède 11 têtes et de multiples bras, c’est dire à la fois sa sagesse et sa compassion. Il est fort vénéré au népal – et son nom imprononçable est : avalokiteshvara – j’espère avoir bien orthographié – mais ami lecteur, tu viendras voir par toi-même.

J’ai pris quelques photos. En raison de mon mal de jambes et de la lourde chaleur, arrivé au bout de la visite, je décide de sortir. Mais avec l’intention d’y revenir plus tard car un détail m’a amusé : la représentation du bouddha copulant. Lorsqu’une statue est exhibée dos au mur, on ne la regarde en général que de face. Pour ma part, sans savoir pourquoi, je l’ai aussi regardée de profil, et de près, pour admirer le visage (que j’espérais pâmé) de la dame … grande fut ma surprise … Mais je n’avais plus le ressort pour faire la photo. Outre celle-ci, à faire, donc, j’aimerais y revenir pour approfondir d’autres points – car cette religion reste complexe ; et les liens et influences réciproques entre hindouisme et bouddhisme ne facilitent pas les choses. Du moins, je me sens déjà mieux à même de tenter d’identifier quel dieu est représenté dans telle sculpture de la place. Mais ce n’est pas encore très simple. Si l’on se donne au départ : - un grand nombre de dieux, divinités, animaux fantastiques, leurs animaux de transport ; - leurs épouses et rejetons, eux-mêmes disposant de formes diverses et de leur véhicul ; - du nombre de postures ; - du nombre de symboles que chacun(e) peut tenir à la main (quand ce n’est pas une guirlande, un couvre-chef, …) ; … on réalise la formidable combinatoire qui s’offre à chaque artisan … et la complexité de l’interprétation de certaines images ou sculptures mêmes pour les doctes es sciences artistiques et religieuses hindoues !!! Enfin … si vous voyez un trident, pour sûr, c’est Shiva.

Et je comprends un peu mieux quelle interprétation du bouddhisme et quelle vision de l’hindouisme sont prégnantes au népal – et comment ils se rejoignent. Ce qui m’explique leur formidable coexistence pacifique (à tel point, dixit le Routard, que le gouvernement indien a interdit toute forme de prosélytisme ; une secte mormon venue s’installer sous je ne sais plus quel prétexte pour se pourvoir en fidèles a été purement et simplement expulsée du pays une fois découverte la vraie raison de sa présence).

Comme le resto-snac du musée ferme à 17h, je décide d’y prendre mon déjeuner. Je goûte, entre autres nouveautés, des pakothas, boulettes grillées de légumes épicés. Je vous les conseille – et ce jardin est un délicieux havre de paix et de verdure. Accompagnées comme il se doit de chaleureuses french fries.

Je rentre à l’hôtel (je n’ai qu’à traversé la place, il fait face au palais royal) car un dernier point titille mon esprit : Le sens exact de « pagode ». Je me livre à une petite recherche sur le net (j’ai oublié d’emmener les 70 tomes de l’Universalis). Wikipédia (en tête d’affiche, toujours) : « La pagode (mot d'origine indienne transmis par l'intermédiaire du portugais) est un lieu de culte pour les croyants de la religion bouddhiste. C'est la forme qu'a pris le stûpa ou zedi dans le monde chinois. » Ah bon ? mais j’ai une chambre avec vue sur une série de pagodes … hindoues. Autre recherche sur un autre site proposé par google (techno-science-net) : là on précise que la définition est directement et littéralement reprise à wikipédia (j’ignorais encore que wikipédia était une référence scientifique sur le net). Nouvelle tentative sur le site du centre national de ressources textuelles lexicales. Je lis : « temple des religions d'Extrême-Orient caractérisé par sa riche décoration, son toit pyramidal ou ses toits superposés à bords relevés. Pagode chinoise, hindoue, japonaise. Ces pagodes de l'Inde reproduisant du haut en bas toutes les plantes, toutes les bêtes de la jungle ». C’est effectivement plus large. Mais rien dans ce dictionnaire ne mentionne l’histoire de cette forme architecturale. Wikipédia la fait remonter au IIe siècle, inventée en inde, d’où elle rayonne ensuite dans le reste de l’asie. Mais au musée de patan, on signale que la pagode serait (conditionnel explicite) une invention d’un génial newart artiste/architecte, , au XVIe siècle. Si la mon architecte s’est effectivement inspiré du stûpa bouddhiste, alors la pagode n’est certainement pas née au IIe siècle, en Inde. Faute de l’Universalis ou de divers livres d’histoire de l’art et architecture dûment documenté, je n’en saurai guère plus sur la pagode.

Pour cette fin d’après-midi, je me décide à aller visiter un autre temple bouddhiste réputé : le maha buddha ou temple aux neuf mille bouddhas qu’on me vante partout. Il n’est semble-t-il pas très loin mais je réussis néanmoins à ne pas le trouver du premier coup. Je dois rebrousser chemin, prendre la première à main gauche. Arrivée au bout de celle-ci, toujours pas de temps mais une petite place avec une autre institution religieuse de la ville, le monastère bouddhique de Rudravarna mahavihara. J’avise un petit groupe de touristes et leur demande l’entrée du temple ; l’une d’elle me l’indique, dans la ruelle que je viens de franchir – le temple est à peine indiqué parmi les façades des maisons et, qui plus est, à l’extrémité d’une passe étroite. Je m’engouffre, paye et découvre un incroyable monument en briques terra cota. Un « pain de sucre » dont chaque brique est sculptée d’un bouddha. Là aussi, une famille avec bébé.

Je repars vers le monastère où  je m’attarde pour les photos – et encore l’une ou l’autre familles avec jeunes enfants.

La route qui mène vers maha bouddha est populaire, je ne dois pas être loin des quartiers plus pauvres de cette ville. Je prends bcp de photos à la volée dans les rues – je remarque ici aussi (comme en inde) une femme manœuvre sur un chantier.
Je me sens vraiment fatigué. Mais arrivé à durbar square, l’extraordinaire chaos animé de la foule et des commerçant, dans une rue perpendiculaire, excite mon canon 7D. Va pour un shooting frénétique et à la volée, dans un sens de la rue puis dans l’autre. De retout à mon point de départ, je me décide au stop final et, sans trop réfléchir, je grimpe me réfugier au sommet du taleju café ( vue sur toute la place), loin du bruit. Black coffee de rigueur. Une fois de plus, il y a de jolies petites fourmis roses dans le sucrier. Mais quelle paix du soir.

Arrivé à ma chambre je me douche les pieds et les chevilles. Ca lave un peu … et ça rafraîchit beaucoup (j’ai vu des hommes le faire aux sources publiques).
Je m’installe sur mon plumard pour l’editing des photos et internet. Je calcule : avec une moyenne de 500 clichés par jours, il me faudra, au bout d’un mois, environ 60 gigas.

Au bout d’un moment, je m’aperçois que l’internet ne fonctionne plus. Et le voyant lumineux du câble d’alimentation de mon mac est éteint. Je n’avais pas allumé de lumière, il restait encore un peu de celle du jour et la pièce s’emplissait peu à peu de pénombre ; je réalise tout à coup que je vis ma première coupure générale d’électricité. Regard par la fenêtre : tout est plongé dans le noir ! Je continue à travailler, sur batterie, tout, ma chambre et le square, plongeant toujours plus dans une profonde obscurité (on a le son, mais pas les visuels). L’occasion est trop belle, je m’arrête – et il faut aussi que j’économise la batterie, je ne sais combien de temps peut durer une coupure générale d’électricité. Je calle en grand angle, diaf maxi et 5000 iso et en avant. Photo de nuit. Les népalais vivent comme si de rien était – les plus avisés ont leur lampe de poche avec eux. Avant de sortir, et me demandant comment faire pour dîner, je demande au patron de l’hôtel si son resto fonctionne. Oui – ok. Après quelques photos, je me retrouve donc sur le toit-terrasse du 3d world restaurant – minuscule terrasse au demeurant. Je goûte la fraîcheur du soir et mon plat de nouilles au poulet. Les privilégiés (resto et boutiques) possèdent un groupe électrogène et, partant, nous avons un peu d’éclairage. De retour à ma chambre, je découvre qu’une lampe au plafond éclaire l’espace grâce,  là aussi, au groupe électro. Je continue à travailler – puis la lumière revient.


tard je m'endors - silence obscur, beat des cigales.

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