jeudi 29 juillet 2010

29/07 - J.8 - home sweet face's








Ouf ! j’ai bien eu mon « pot » de café, mais version petit contenu. ‘Me faut moins de temps pour le boire que pour le recevoir – mais j’apprécie ce temps qu’on donne au temps, faut pas croire.

Petite nuit, je me réveille difficilement. Il a fait torride hier soir – plus chaud dedans que dehors et avec ces pervers de mosquitos, impossible d’ouvrir plus d’une fenêtre – une seule dispose d’un moustiquaire (qui n’arrête pas toutes ces bestioles, du reste). Et comme il m’arrive d’oublier de fermer l’autre fenêtre après 20 h …

Je me sens un peu fébrile ce matin. Je sais qu’à midi je vais tenter quelque chose que, sur le plan humain et photographique, je n’ai pas encore fait. Tout d’abord je me précipite chez mon marchand de carte sim. Fermé – mais il n’est pas encore 10h30 et la plupart des boutiques ouvrent tard. Comme me l’a dit un interlocuteur durant la journée : le matin, on se laisse parfois un peu dormir.

Je fais une autre course et à mon retour, ma boutique-miracle étant ouverte, j’entre, avise une nouvelle nouvelle nouvelle tête laquelle me dit que … ok, bon, cette fois j’ai compris.

Je rentre travailloter. Je demande un « pot », un vrai. Message reçu !

Un souci technique sur internet me met en retard. Je m’assure que j’ai tout le matériel. J’ai pris soin de recharger la batterie de mon 7D ; tout est prêt. Y a plus qu’à …

Je retrouve sans souci la petite maison médiévale de djuni. Je  paniquais à l’idée d’être en retard. La tante de djuni m’accueille avec un grand sourire, dans une belle robe rouge vif, assises dans son minuscule cabanon, en face de la petite maison médiévale, cabanon (ou caisse ?) en bois où elle vend biscuits et autres petites choses. Parfois elle emporte dans un sac à main quelques-uns de ses trésors pour tenter de les vendre aux touristes.

Djuni n’est pas encore arrivée. La tante me fait asseoir sur le rebord avec grand sourire. La fine pluie qui m’a accompagné jusqu’ici s’intensifie ; dans la rue commerçante, on sort très naturellement les bâches pour protéger étales, denrées, lions des temples. A mes pieds, des poules et des coqs entassés dans quelques cages, recouvertes elles aussi. Business as usual. J’apprends qu’ici, on mange aussi du coq. « Chicken curry » ?

La tante (de son prénom : maïli) et moi commençons à deviser. Je la sollicite pour un portrait – demande accordée. Elle semble ravie de la petite image, les voisins s’approchent ; un beau brun – 1 cousin de djuni – qui porte boucle à chaque oreille se laisse pixelliser également. Une autre amie ou membre de la famille me propose un thé.

Combien d’années de mariage, Maïli ? 35.
Maïly s’est mariée (ou a été mariée) à 15 ans. Son  homme n’est pas là. Elle a eu 4 enfants (le premier à 20 ans), 2 de ses fils sont morts. Tragique dans ces contrées ou c’est la fille qui représente une charge énorme. Vie très simple et indigente. Les affaires ne marchent pas ; et la « basse saison » touristique que représente la saison des pluies n’arrange rien – je le vois pour djuni qui ne peut guère travailler beaucoup lorsqu’il pleut, le touriste se montre encore plus réfractaire à ses bracelets. Maïli fait une dépression, prend des médicaments ; soignée à l’hôpital. Mais ses traitements sont chers. Maïli me propose de choisir un petit paquet de biscuits. Un membre de sa famille est parti 3 mois à Dubaï sur les chantiers. C’est très fréquent ici – et je m’en étais aperçu lors de mon premier transit au bahrein, vers Delhi : des charters de travailleurs migrant vers les chantiers déments des émirats. Le fils de son frère – l’oncle de djuni, donc, qui habite la petite maison où nous allons faire cette séance photo peu ordinaire pour moi – a 2 enfants : le jeune homme aux boucles d’oreille peint des hennés ; mais pas de travail pour le moment. Sa sœur vient de finir ses études et cherche du travail. Denrée rare au népal avec 42% de chômage mais ce ne sont que les chiffres officiels.

Maïli est grave, effectivement, en dépit de son superbe sourire et ses éclats. Et nous sourions et rions en causant.

Djuni est arrivée entre temps ; elle me suggère d’attendre là un moment. Elle est entrée dans la petite maison. Elle revient, nous devisons puis l’heure c’est l’heure.

Comme hier, j’ôte mes chaussures dans la minuscule entrée. Une kitchenette étroite et basse sur ma gauche. Terre au sol. La pièce suivante est une chambre à coucher. Contre le mur de droite, l’escalier de bois tordu. « Attention à la tête », oui !!! J’arrive à l’étage, sous le toit aux poutres vermoulues. Tapis de corde au sol. J’apprendrai que pour cette famille de 7 personnes, tous les matelas sont empilés là où ma joyeuse famille a pris place. Et ce vieux téléviseur ! Pas de sanitaires. Pas d'arrivée d'eau non plus. Il faut se rendre au bassin le plus proche ; avec bidons et autres ; et ces superbes jarres de cuivre ...

Je fais la connaissance de l’oncle – namasté cordial.  Assis par terre, il fume du tabac avec un instrument que je n’avais encore jamais vu ! Chacun est en place, je fais les premiers tests de lumière (jamais de flash). Par l’unique petite fenêtre de cet étage, elle est faible et le temps gris n’arrange rien. Heureusement mon 7D dépasse allègrement les 3200 iso et je peux commencer avec le grand angle.

Etrangement pour moi, tout le monde est statique, discussion entre eux. Je me concentre sur la pièce, mon viseur, les visages … Au bout d’une première série de clichés, je montre le résultat photo par photo. Mes sujets semblent contents, on continue. Je change d’optique – ce bon vieux 50 mm et j’aborde plus franchement le portrait. Je suis déjà ému de leur bon gré à se laisser faire de la sorte. Je leur montre encore la deuxième série. Rires, joie peut-être. Emotion ? La mamy, 65 ans, est certainement l’un des visages les plus fort. Et qu’elle est drôle avec sa façon tout indienne de tenir sa cibiche et de la fumer !

Je propose une séance dans la pièce du bas. Et voilà a petite troupe qui descend, s’installe. Quel dénuement. Mais que de dignité et de grâces. Si l’on projetait cette famille dans un palais, ils ne devraient même pas se changer. C’est le cadre qui ne colle pas avec leur grâce, pas l’inverse. Shoot. Je suis très silencieux. Concentré. Trop ému mais je dois surmonter. A la fin de cette séance djuni me propose quelques photos dans la cuisine. Excellente idée. Elle prépare un thé.

Je montre la dernière série. Leur propose d’imprimer quelques clichés au photo-shop du coin. En sont ravis.

Je souhaite, avant de partir, parler seul à djuni relativement de notre petit arrangement financier. Spontanément la petite équipe se retire. Elle me propose, dès samedi, de m’emmener dans un autre coin de la ville, près du Shiva temple, chez d’autres familles. Certaines ne disposent que d’une seule pièce. Je donne à djuni une petite enveloppe.  Djuni me dit ne pas pouvoir travailler avec moi demain car c’est un jour religieux et de jeüne. Retrouvailles samedi, 12h.

La fille de djuni n’était pas dans l’équipe de modèle. A l’école, certes – mais l’heure de la séance, midi, a prévalu sans doute aussi pour qu’elle ne parle pas de cette petite séance au papa.

Je quitte ma grande famille dans sa petite maison médiévale extrêmement ému. Namasté ! J’ai faim, n’ayant encore rien avalé. Plat de nouilles au blue sky – tout compte fait, c’est lui, le moins cher et le plus rapide, même s’il faut parfois réveiller le patron et ses serveurs.

J’ai besoin de me retrouver dans ma chambre. Il est environ 14h. Je me repose un peu, il pleut.

Je me dois de sortir pour trouver une simcard. Grâce à djuni je n’aurai pas à courir dans tout kathmandu : elle m’a signgalé une autre boutique ailleurs mais tout près de durbar square.

Les 2 vendeurs parlent peu l’anglais mais on finit par se comprendre : il leur faut une copie de mon passeport – et ils n’ont pas de photocopieuse. Et ne savent pas où je peux en trouver une. Je me rends au phone/internet-point près du square : photocopieuse en panne. On m’y renseigne une autre boutique, photo, mais rien. Je me rends jusqu’à la guest house, à 20 mètres, et demande à la jeune aidante aux cheveux noirs et aux yeux graves s’ils auraient une photocopieuse. Non, mais elle va elle-même se charger d’aller me faire la photocopie dans un endroit qu’elle connaît, tout proche ; mmais dont elle ne parviendrait pas à m’expliquer le chemin. Délicatesse qui me touche.
Je monte dans ma chambre et quelques minutes plus tard, je reçois le précieux document. Je dédommage la jeune fille qui voulait que je « laisse tomber ».
Je file alors à la boutique simcard et, lentement, lentement mais sûrement … je finis par obtenir mon n° de tél. népalais. Yahoo, i’ve got it ! Ouf ! J’ai dû, entre autres, laisser les empruntes digitales de mes 2 pouces – à l’encre mauve. Très joli. Je rentre à ma guest house en exhibant fièrement mes 2 pouces colorés à mes deux jeunes aidantes. Eclats de rire.

Je reviens dans ma chambre ; il pleut toujours. Coupure d’électricité. Je suis encore dans l’émotion de la matinée. Allongé, je renonce à travailler sur batterie. Je n’ai pas le cœur au travail et je veux économiser la batterie, au cas où. Je décide de me laisser envahir par la pénombre qui vient et la quiétude. Je m’endors et me réveille, plongé dans la nuit, vers 19h. Ouf, je retrouve ma lampe de poche.

Il pleut cordialement ; je grimpe dans le dernier resto de la place que je n’avais pas encore testé. Toit-terrasse haut perché, abrité par un grand auvent. Les clients précédents achèvent leur repas et s’en vont déjà. French fries, muglaï chicken (œufs et autres vegetables) et soupe de lentilles (noires et blanches, épicée, succulente) – c’est la carte la plus diversifiée que j’ai vue en matière de plats népalais et indiens.

A lumière du groupe électrogène et dans cette bienfaisante fraîcheur, je dîne seul avec la pluie. J’apprécie. M’apportant mon café terminal, le jeune serveur engage la conversation. Effectivement, la saison des pluies n’est pas bonne et comme il a trop peu plu les derniers mois, les nappes d’eau potable – pour les hommes et l’agriculture – s’épuisent.

Le water-c de ma sdb est équipée d’un énaurme réservoir en porcelaine à l’ancienne, avec poignée métallique – très délicate à manier ; je redoute toujours, après l’avoir actionnée, qu’il ne faille faire appel au technicien lors de la prochaine opération. La quantité d’eau que cette cuve blanche déverse est sans commune mesure avec ce qu’on attend de sa mission. Mais quand, comment, dans combien de temps toutes ces cuves d’une autre époque seront-elles remplacées dans tout le népal ? Et le continent indien ? Pour ma part, j’ai décidé de n’actionnner la poignée qu’au bout de … bref, économie. Développement durable …

Je reviens à ma petite maison médiévale. Et au kâmasûtra. Vu la pudeur des femmes hindoues – je me rappelle de ce mari, en inde, racontant qu’il n’avait jamais pu voir sa femme intégralement nue, celle-ci s’y étant toujours refusée (du moins à la lumière je présume ) ; et vu la promiscuité … comment donc une vie amoureuse avec ses ébats est-elle concevable … On en parle très peu : le droit au logement décent, c’est aussi – et partout dans le monde, et pour les ¾ de la planète  – le droit à la vie de l’amour. Or le phénomène de bidonvilisation, en plein boum, en inde et en afrique notamment, mais aussi à kathmandu comme à paris ou ailleurs, rend plus qu’urgent le problème – de plus en plus essentiel à mes yeux – de ce que le photographe Depardon acceptait « le lieu acceptable ». Pour le repos, la sécurité, le travail, le loisir et l’amour. Travail et logement. Nœud gordien. Quel travail, pour quelle vie ? Marx, au secours ! L'orgasme c'est comme les clopes : pour les riches et libérés de surcroît. Un village sur cette terre.




Sous une pluie battante, n’évitant pas telle ou telle grosse flaque, je rentre à l’hôtel. Zut, j’ai encore une fois oublié d’acheter mes bouteilles d’eau ; mais il est tard, l’échoppe sera-t-elle encore ouverte ? Je m’y précipite. Re-flaque. Les volets sont à peine entr-ouverts ; dernières lueurs ? de loin je crois apercevoir quelques hommes, accoudés entre le comptoir et les volets de bois mi-fermés. Ambiance feutrée. Odeur immédiate d’alcool – effectivement, flacons de liquide jaune. Mais l’échoppe n’est pas fermée et j’aurai mes bouteilles de flotte. Retour par les flaques.

Je m’attache à ce petit durbar square. Je n’arrive pas à le quitter. Longs cheveux noirs parfaitement lissés, doigts dansant de la déesse Parvati, papys et leurs bébés, tikas parfaites entre les yeux vifs …. Paradoxe saisissant de la grâce la plus subtile et digne –– dans l’indigence parfois la plus grande ; indigence écœurée par les sombres crachats gazeux des camions. L’occident libéré s’est libéré de la solidarité familiale.





Je m’endormirai dans la grâce de ces rires et sourires d’autant plus puissants qu’ils transgressent toute gravité.

En attendant d'autres photos,  post-scriptum :














































































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