Je me réveille entouré de cloches. Quel concert ! Tant mieux, ça me fait me lever pas trop tard. Black café ; je m’assure qu’on a bien compris que je souhaitait un « pot » - oui, ouf. Je travaillotte quelque peu. Jour important : vers 16h30, je devrais revoir djuni pour mon/notre projet photo.
Le temp est suberbe – ciel bleu, soleil, nuages blancs de beau temps. A la fin de la matinée, je me décide à faire la ballade projetée dans les alentours du durbar square (= place du palais royal) de kathmandu.
Avant tout, je me précipite chez mon marchand de simcard. Tiens, nouveau visage derrière le comptoir. Simcard ? « no » embarrasé ; « maybe togniht or tomorrow ». Ok, ok. Frustré et impatient, je me dirige vers le taxi. Certes j’aurais pu, depuis 2 ou 3 jours, téléphoner à mes contacts directement depuis la « centrale téléphonique » au coin de durbar square. Mais mes contacts ont besoin de pouvoir me joindre sur un portable. Bref, si demain je n’obtiens pas chez eux ma tant convoitée simcard, je ferai tous les miles nécessaires jusqu’à l’obtention du graal téléphonique.
Je retrouve mon chauffeur, au prix de la course habituelle – pour me faire une idée de la négociation des prix, je me base sur une approximation, la seule dont je dispose : le taxi prepaid de l’airport – 500 rps pour environ 6 à 8 km. Evaluant la distance au jugé, du regard, sur la carte de l’aglomération que j’ai en tête, je sais ce que je peux raisonnablement demander ou accepter comme tarif.
En route. La vieille Suzuki blanche est un martyre. Ces voitures n’ont donc pas d’amortisseurs ? Nous arrivons sans trop de soucis à l’entrée de durbar square, kathmandu. Mon chauffeur, toujours en panne de clients, propose de m’attendre. Je lui dis que je n’ai aucune idée de l’heure à laquelle j’aurai fini – entre 15h et 16h. Je ne veux pas être lié par un horaire.
J’investis la première place de durbar square, barée par une chaine à la droite de laquelle un agent dans sa guérite m’invite à payer le droit d’accès. Je m’acquite. Un premier guide s’avance franchement et j’ai quelque peine à lui faire comprendre que je ne souhaite pas de visite guidée – il revient néanmoins 1 fois ou l’autre à la charge. J’avise, contre le mur blanc du palais, une sorte de wagon métallique servant de toilettes publiques. Ouf, propres. 3 jeunes hommes s’occupent comme ils peuvent à l’entrée. Payantes, bien entendu, les toilettes publiques.A peine en suis-je sorti qu’un autre guide m’aborde. Même cinéma. Et encore un quelques minutes plus tard.
Le durbar square est effectivement beaucoup plus grand et diversifié que celui de patan. Mais par cette chaleur je n’ai nulle envie d’aller à sa découverte. De plus le soleil est en pleine verticale rendant nulle d’avance toute photo. J’ai de plus un sentiment de saleté, de poussières, d’odeurs désagréables … qui ne me donnent guère envie de m’attarder. Je fais néanmoins un premier repérage car je compte revenir prochainement, très tôt le matin pour y assister à un lever de soleil – le site doit alors être magnifique et, j’espère, nettoyé des détritus de la veille (PS : il n’y a pour ainsi dire pas de poubelles dans ces pays. J’ai vu les toutes premières au durbar square de patan ; il s’agissait même de poubelles de recyclages. Ce pays est en marche.
Le « routard » conseillait un « itinéraire insolite » pour partir à la découverte d’un kathmandu plus secret. Comme je pars de durbar square et non pas du point de départ indiqué par le guide pour cette promenade (et qui d’après ma carte doit se trouver encore bien plus loin), je commence ma marche dans la direction appropriée, et un peu au hasard. Je marche alors sous un soleil de plomb et spontanément je cherche les ombres, plutôt rares. Rue relativement animée. Le chaos du trafic dans les ruelles étroites est parfois des plus cocasses.
Les rickshaws locaux se distinguent de leurs homologues indiens par les peinture à l’arrière, la structure en bois, et parfois des fleurs sur le guidon. Je croise 2 boucheries où je suis un peu ébahi des grosses pièces de viandes qui bronzent au soleil de midi. Photo. Je continue ma route, les occasions de clichés sont nombreuses. Au bout d’un moment, je ne sais plus du tout où je suis. Il n’y a pas de poubelles dans ce pays et guère plus d’indications des noms de rues … en dehors des plans (ou bien je ne les ai pas vues). Ca et là le panneau indique un lieu, sans plus. Un premier coup de fatigue (la chaleur) me fait opter pour une promenade en rickshaw. A peine approché, un comparse du pédaleur me propose du cannabis. J’embarque comme je peux – il est plus étroit, me semble-t-il, que ceux que je prenais en inde. Et c’est parti. Encombrements, piétons, motos, petits camions, promeneurs de tous âges … mais surtout les défoncement de la chaussée (selon le lieu : des pavés absents ou des endroits dégoudronnés). L’absence d’amortisseurs rend les chocs violents. Je suppose qu’un voyage en calèche dans le paris de louis XIV devait donner la sensation de naviguer sur un nuage.
Bon an mal an, nous arrivons au point de départ de « l’itinéraire insolite » : la façade d’un ancien temple bouddhste. Deux magnifiques lions à l’entrée, le crâne coloré par les poudres roses/rouges des rituels. Armé des infos du Routard, je commence la ballade mais en entrant systématiquement dans toutes les impasses, galeries, ruelles, … à ma gauche comme à ma droite. Bien m’en prend … trésors de vie locale : artisans tapis dans l’ombre de pièces parfois basses ; jardinets ; petites cours ; templions et j’en passe. Un régal. A chaque occasion je demande le permis de photographier et mes sujets se laissent faire dans la bonne humeur. A un atelier de fabrication de bijoux en or – ouvert sur une toute petite cour – et où travaillent pas moins de 4 artisans, je m’assieds et observe les tours de mains, la délicatesse précise et tranquille du travail. Et shoots. Chaque fois je montre les photos, remercie d’un généreux namasté. Tout le monde sourit dès qu’il voit la photo prise au dos de mon 7D que je leur tend.
Les rickshaws locaux se distinguent de leurs homologues indiens par les peinture à l’arrière, la structure en bois, et parfois des fleurs sur le guidon. Je croise 2 boucheries où je suis un peu ébahi des grosses pièces de viandes qui bronzent au soleil de midi. Photo. Je continue ma route, les occasions de clichés sont nombreuses. Au bout d’un moment, je ne sais plus du tout où je suis. Il n’y a pas de poubelles dans ce pays et guère plus d’indications des noms de rues … en dehors des plans (ou bien je ne les ai pas vues). Ca et là le panneau indique un lieu, sans plus. Un premier coup de fatigue (la chaleur) me fait opter pour une promenade en rickshaw. A peine approché, un comparse du pédaleur me propose du cannabis. J’embarque comme je peux – il est plus étroit, me semble-t-il, que ceux que je prenais en inde. Et c’est parti. Encombrements, piétons, motos, petits camions, promeneurs de tous âges … mais surtout les défoncement de la chaussée (selon le lieu : des pavés absents ou des endroits dégoudronnés). L’absence d’amortisseurs rend les chocs violents. Je suppose qu’un voyage en calèche dans le paris de louis XIV devait donner la sensation de naviguer sur un nuage.
Bon an mal an, nous arrivons au point de départ de « l’itinéraire insolite » : la façade d’un ancien temple bouddhste. Deux magnifiques lions à l’entrée, le crâne coloré par les poudres roses/rouges des rituels. Armé des infos du Routard, je commence la ballade mais en entrant systématiquement dans toutes les impasses, galeries, ruelles, … à ma gauche comme à ma droite. Bien m’en prend … trésors de vie locale : artisans tapis dans l’ombre de pièces parfois basses ; jardinets ; petites cours ; templions et j’en passe. Un régal. A chaque occasion je demande le permis de photographier et mes sujets se laissent faire dans la bonne humeur. A un atelier de fabrication de bijoux en or – ouvert sur une toute petite cour – et où travaillent pas moins de 4 artisans, je m’assieds et observe les tours de mains, la délicatesse précise et tranquille du travail. Et shoots. Chaque fois je montre les photos, remercie d’un généreux namasté. Tout le monde sourit dès qu’il voit la photo prise au dos de mon 7D que je leur tend.
Ailleurs, je débouche sur une place occupée en son milieu par un magnifique stupa en restauration (ici, tous les échafaudages sont en bambous). A l’angle droit, l’entrée d’un monastère bouddhiste (tibétain, à première vue). Je fais lentement le tour de la place et cherche un coin à l’ombre. Je m’assieds sur une marche devant une boutique de tankas. Un jeune dessinateur s’avance vers moi et la discussion s’engage. Puis je me déplace car je souhaite me poster face à la suberbe entrée du monastère pour y capter l’une ou l’autre scène monastique. Le lieu est profondément photogénique. J'attends ... j'attends ..., le lazer prêt ; et j'aurai l'une ou l'autre bonn surprise – je vois notammnt sortir un moine adulte accompagné d’un tout jeune moine enfant équipé d’un parapluie. Large sourire entre nous. Je reprends mon trip.
Vers 13h30, alors dans une ruelle en impasse, je découvre 2 minuscules gargottes. 100% népalais – aucune indaction en anglais , aucun prix, tout est écrit en népalais sur un tableau noir. J’entre dans l’une des 2 gargottes. 4 petites tables ; un voilage aux portes-fenêtres tranquillement balancé par un faible vent. 2 dames conversent avec animation ; je suis le seul client. Sur le petit bar à l’entrée, quelques plats exhibent le contenu : on fait son choix pour composer son assiette. Je découvre de nouveaux aliments : un plat de cacahuètes tels que je les mangeais en Afrique et comme il m’arrive encore d’en cuisiner : cuites au sel puis mangées froides. De même, une sorte de flocon de riz – si c’est du riz – , comme de petites amandes blanches très fines. Du poulet dans sa sauce (j’hésite après ce que j’ai vu dans les boucheries, mais bon, celui-là est cuit …).
Un homme d’une vingtaine d’année m’apporte rapidement, dans la petite assiette métallique habituelle et son habituelle petite cuiller, mon menu. C’est très épicé et les « amandes » collent au dents – mais savoureux.
Le repas achevé je demande à tout hasard un café et comme je m’y attendais, je devrai m’en passer. Va pour le seul thé disponible – thé noir sucré et bouillant dans un petit verre.
M’apportant le breuvage, le jeune homme me demande une cibiche. C’est l’occasion de nouer 1 conversation, il parle assez bien l’anglais. Il a 24 ans, travaille depuis ses 14 ans. Pour le moment, il bosse dans un boutique de la ruelle où il vend, entre autres, des bombonnes de gaz – il est ici aidant par je ne sais quel hasard (mais tout le monde bosse un peu chez tout le monde, manifestement). Avant cela il travaillait comme vendeur dans une boutique de thamel, boutique de tankas ; c’est sur le tas qu’il a donc appris l’anglais. Un conflit avec le fils du patron a occasionné son départ. Là dessus la discussion s’engage sur les tankas. Puis sur les conditions de vie en europe ; mon interlocteur me demande s’il pourrait trouver un travail, lequel, quel salaire. Nombreuses questions sur mes propres revenus. Il prend conscience (et moi aussi tout de même) de la différence de niveau de vie. Il ouvre de grands yeux ébahis lorsque je lui explique qu’à Paris, avec 1000 euros, on ne va pas très loin … Pour lui, c’est une fortune. Tout de go il me demande alors de l’emmener avec lui. Je dois malheureusement décliner … puis il me demande si j’accepterais de lui trouver un job – je lui explique que la première chose à faire sera d’apprendre le français. Enfin il me propose de travailler ensemble : il me fournit en objets artisanaux que j’écoulerais sur paris. Je décline également. Je demande finalement la punition (environ 0,8 euros, thé inclus), et je m’en vais, un peu triste, je l’avoue, pour ce jeune homme – il ne travaille plus dans le commerce touristique et ses gains, du coup, s’en trouvent fameusement réduits.
Je ne sais plus du tout où je suis dans kathmandu (il y a longtemps que je ne regarde plus la carte). Je tente de suivre les indications du « routard » pour trouver quelques lieux miraculeux. Encore à cette heure, il est une place que je ne suis pas certain d’avoir trouvée …
Par contre, la cherchant, je débouche, par hasard sur une grande cour carrée : calme total ; beau stupa dans le fond de la cour bordée de 4 façades de maison. Je demande à un homme assis à la porte basse de sa demeure s’il connaît le lieu que je cherche ( la place en question), il m’envoie continuer tout droit dans la rue. Va donc. D’interminables minutes plus tard, je ne pense vraiment pas être dans la bonne direction. Marche arrière – mais rien. A nouveau l’autre sens. Toujours rien. Finalement, je décide de revenir à cette grand cour trouvée par hasard puisqu’il semble y avoir là un trésor caché – effectivement, dans le fond à droit, un très ancien monastère, signalé par deux lions et auquel on accède en se pliant en 2. Mais l’exercice vaut sa peine : miracle d’ordre, d’harmonie, de beautés – toitures, sculptures des étais, bouddhas … Un petit chef d'harmonie remontant au XIIe siècle. Comme l’une des ailes est à présent occupée par une école et que tous les enfants, garçons et filles, sont en récré, j’ai droit à un ballet virevoltant de cris et de rires. Ils jouent une sorte de « touche-touche ». Régal photographique. Je converse également quelque peu avec le professeur.
Par contre, la cherchant, je débouche, par hasard sur une grande cour carrée : calme total ; beau stupa dans le fond de la cour bordée de 4 façades de maison. Je demande à un homme assis à la porte basse de sa demeure s’il connaît le lieu que je cherche ( la place en question), il m’envoie continuer tout droit dans la rue. Va donc. D’interminables minutes plus tard, je ne pense vraiment pas être dans la bonne direction. Marche arrière – mais rien. A nouveau l’autre sens. Toujours rien. Finalement, je décide de revenir à cette grand cour trouvée par hasard puisqu’il semble y avoir là un trésor caché – effectivement, dans le fond à droit, un très ancien monastère, signalé par deux lions et auquel on accède en se pliant en 2. Mais l’exercice vaut sa peine : miracle d’ordre, d’harmonie, de beautés – toitures, sculptures des étais, bouddhas … Un petit chef d'harmonie remontant au XIIe siècle. Comme l’une des ailes est à présent occupée par une école et que tous les enfants, garçons et filles, sont en récré, j’ai droit à un ballet virevoltant de cris et de rires. Ils jouent une sorte de « touche-touche ». Régal photographique. Je converse également quelque peu avec le professeur.
Ainsi rassasié, je me re-plie en deux pour sortir et je continue à suivre les infos du Routard, dont j’ai repris le fil. Mais pour arriver à la dernière place de leur itinéraire, je me perds à nouveau. 100 pas en avant pour 200 en arrière … Il est plus de 15h, je suis fourbu, j’ai rendez-vous avec djuni – autant de bonnes raisons de reprendre un rickshaw pour revenir à l’entrée de durbar square – où je vais tout de même vérifier que mon taxi ne m’attend pas. - mes gentils routards, lorsque vous ne fournissez pas de plans, soyez plus précis ... "sud", "nord", est ou ouest n'ont pas de sens si le soleil est voilé ou lorsqu'il est pile à a verticale ...
Je n’y trouve pas mon taxi. J’en avise un autre, lui dit le prix payé à l’aller, il accepte, j’embarque. 30 seconde plus tard mon driver me demande de sortir et de faire la route avec un de ses collègues. Je n’ai pas trop compris pourquoi. Sans doute en raison du trafic de l’heure de pointe ; et parce que patan, c’est loin, et pour y arriver sans encombre, il faut un peu d’expérience. Effectivement, mon chauffeur n’emprunte que des ruelles étroites, tournoyantes et cabossée et nous évitons soigneusement les grands axes.
Vient le moment de franchir la rivière qui nous sépare de patan. Nous empruntons un autre pont, plus étroit. De l’autre côté, stupeur : sur la berge (la même, je pense, que celle où j'ai aperçue le bidonville), une déchetterie et des enfants occupés à y fouiner. Je ne sais où nous sommes mais j’ai suffisamment d’info topographiques (espère-je …) pour retrouver les lieux car c’est le genre de scènes que je cherche pour mon reportage enfants des rues/bidonvilles. Une dernière série de trous (la Suzuki est petite, basse de plafond et je me cogne quelques fois le crâne ; et comme la manivelle des fenêtres arrières sont inexistantes, impossible d’aérer davantage. Là, j'ai vraiment hâte d'arriver).
C’est infiniment soulagé que, vers 16h, j’arrive dans mon durbar square chéri. Après ma vision (et sensations diverses …) de celui de kathmandu, il ne m’en apparaît que plus beau, soigné, simple, quasi divin. Je fonce me rafraîchir les pieds et les mollets à l’hôtel – panne d’électricité. Je n’ai qu’une envie en attendant mon rendez-vous avec djuni : un bon café dans le café-jardin du palais royal. Je m’y rends accompagné d’un petit livre en anglais acheté la veille et qui doit me révéler les secrets de l’art érotique de la vallée de kathmandu. En sirotant mon café que m’apporte une serveuse heureuse de me revoir, je jubile de page en page … décidément, je ne cesse d’en apprendre sur cette question de la sexualité et de l’amour en hinou-bouddhisme népalais … passionnant … mais je ne regrette pas trop de quitter ma lecture pour retrouver djuni.
Je m’installe sur « banc », contre le mur du palais, au soleil (mes briques, exposées tout le jour au soleil, me chauffe assez fort le dos). Je m’attends à voir passer djuni. En attendant, quelques photos d’enfants à croquer vivants.
J’aperçois tout à coup djuni assise avec ses copines et un touriste, sur ma droite, face aux bassins à source. J’attends qu’elle ait fini. Elle me rejoint, nous discutons, parachevant les présenations. Toujours aussi délicieuse. Je lui fais part de mon projet : la photographier, elle et chacune de ses copines qui le souhaiterait aussi, dans leur habitat respectif. Elle me propose de venir moi-même expliquer le projet à ses consœurs. Tous assis par terre, je dévoile donc les tenants et aboutissants de mon idée. Ni oui, ni non. Elles me demandent si elles doivent s’habiller autrement – surtout pas, je veux ces photos en nature pure, la vie normale, réelle. Pour leur donner confiance, je les fais patienter 15 minutes, le temps de charger sur mon ordinateur quelques photos de mes sites et blogs – ma guest house est à 30 mètres. A mon retour, je les invite à nous installer dans un endroit plus discret, et à l’ombre. Je choisis le rebord d’un templion et montre mes tofs. Alors l’affaire se conclut. Djuni me propose de me montrer sa maison ; elle craint que le lieu ne convienne pas et j’ai un peu de peine à la rassurer. Je la suis donc – elle habite à 10 min. de là. Chemin faisant, elle m’explique que faire ces photos dans sa « vraie » maison (qu’elle partage avec son mari, ndlr, lequel ne pourrait jamais accepter qu’un touriste – même photographe et journaliste – y entre), est impossible. Mais qu’à cela ne tienne, on travaillera dans la maison de son oncle. Et c’est là que toute notre petite troupe colorée et amusée se rend. Je ne suis pas déçu … une très ancienne minuscule maison en bois, tout juste isolée des autres immeubles de la rue (rue commerçante très animée). 2 niveaux, le second est sous le toit. Je me crois dans une authentique maison en plein moyen âge (sauf qu’il n’y avait pas la télé). Tout y est petit, il faut se baisser. Tout le monde s’assied à l’étage, chaussures enlevées. Djuni me propose un thé, j’accepte. L’ambiance est bon enfant et même joviale. Elles tentent de m’apprendre quelques mots népalais et rient de mon peu de mémoire. Comme je demande à l’une d’elle en quoi consiste la grande pince qu’elle tient dans les mains (un truc de dames pour lisser les cheveux, je pense) je dénoue ma queue de cheval pour leur expliquer que j’aurais besoin d’un tel ustensile. Grand rire. Nous convenons de la première séance : demain 29, 12h tapante, ici-même – Djuni ne souhaite pas être vue s’échappant de la place, seule, en compagnie d’un touriste. Je peux comprendre. – et cela me rappelle pushkar où j’avais senti ces « lois » silencieuses et ce sentiment d’être constamment surveillé – j’entends encore ces jeunes hommes, par exemple, me confier qu'ils ne pouvaient fumer qu’en cachette.
Tout à ma joie et mon émotion, je descends péniblement le raide petit escalier de bois tordu et reprends le chemin du retour. Pour un peu je sifflerais comme un pinson. Il est trop tard quand je m’aperçois que je me suis totalement trompé de chemin et je suis … vraiment perdu … Le soleil voilé ne me permet de m’orienter (à cette heure, la position du soleil m’indiquerait le nord, azimut pour durbar square). Au premier carrefour, j’opte pour la rue à droite, ascendante, car instinctivement je me rappelle que durbar square est plutôt « en haut ». Je demande confirmation à deux hommes d’âge respectables mais ne peuvent me comprendre (en dehors des périmètres touristiques, il faut parler le népalais ...).
A ce moment me rejoint un homme encore jeune au regard et sourire avenant. Il me confirme la direction et nous marchons de compagnie. Spontanément la conversation s’engage. Il est professeur de microbiologie dans un collège de kathmandu. Je lui explique mon projet de reportage ; il me parle alors longuement des enfants travaillant dans les déchèteries. Hélas, le bruit du trafic (maudis klaxons), son accent … comment dire …, et ma propre surdité découverte il y a peu (petite perte d’audition d’une oreille) me font perdre plus de la moitié de toutes les infos qu’il me communique et il semble en savoir long. Cependant, je pense avoir compris que ces enfants sont en petit nombre, la majorité sont à présent scolarisés ; ils travaillent pour l’industrie du recyclage, cherchant dans les déchets divers matériaux utiles ; l’industrie sert l’inde, principalement et, si j’ai bien compris, entre autres, les fabricants de semelle et/ou de chaussures. Je suis néanmoins ravi – et nous nous quittons sur ma petite place paradisiaque. Je ne sais comment j’ai pu me perdre à ce point … Je me rends une nouvelle fois chez le marchand de simcard … « demain » (me dit une nouvelle nouvelle tête …).
Je me douche les pieds et m’allonge enfin sur mon lit. L’électricité est revenue, je travaillote.
Vers 19h30, je décide d’aller dîner là où je sais que le repas sera à la fois abondant, bon, pas cher et surtout pas trop lent car j’ai du travail. Va donc pour le toit-terrasse du 3d world restaurant, à 2 pas. Il ne pleuvine pas. A peine installé, coupure générale d’électricité – et à l’heure où j’écris ces lignes, elle n’est pas encore revenue. Mes copines, sous le toit médiéval, m’avaient expliquées que le nombre de coupures (ou non) est fonction de la pluie. Plus il pleut, moins il y a de coupure – logique, il faut suffisamment d’eau pour obtenir l’énergie hydraulique. Ce printemps, faute de pluie pendant très longtemps, une coupure a duré toute la journée. Vu le nombre de coupures depuis 1 semaine, je me dis que la saison des pluies, cette année, est mauvaise et ce n’est bon ni pour l’électricité ni pour l’agriculture – la seule vraie averse, je l’ai eue le matin de mon arrivée. Depuis, il pleuvine ou pleut par intermittence, et encore, pas tous les jours. Je me souviens vaguement de la saison des pluies au Burundi : c’étaient de vrais seaux d’eau qui tombaient du ciel. Impressionnant et amusant.
Mais soit. J’ai une fois de plus gagné ma journée. Demain, va donc pour une très probable quête du graal téléphonique … avant midi, car j’ai ma première séance de portrait d’intérieur avec la délicieuse djuni – et d’y penser j’en tremble déjà (ne serait-ce tout d’abor que pour retrouve le lieu de rendez-vous … faudra pas se tromper de chemin …)
Un dernier mot, encore, sur le kâmasûtra – j’y reviendrai lorsque j’aurai progressé dans les livres à peine achetés. Mais cette histoire avec djuni – son mari peu ouvert et dont réellement elle se cache pour moi ; la crainte du qu’en dira-t-on sur la place – me révèle un vrai degré de puritanisme, de peurs, de culte du secret, de la puissance des lois non écrites et invisibles et qui régissent les rapports conjugaux. Quel contraste avec l’exhibition généralisée des scènes érotiques. Mais est-ce bien un contraste ? Le paradoxe n’est peut-être qu’apparent. Djuni et ses copines, en tout cas, ne craignent pas du tout, elles, de se prêter à un travail photo avec un mâle étranger. Les femmes sont sans doute ici mentalement plus libérées que les hommes. Autre fait allant dans ce sens : le succès du maoïsme révolutionnaire népalais auprès des femmes … précisément parce que ce maoïsme affirme vouloir défendre et promulguer la plus stricte égalité de droits entre hommes et femmes. Ainsi 1/3 des troupes maoïstes sont … des femmes en quête de liberté.
Le culte religieux généralisé de la sensualité et de l’érotisme, dans ce pays, est (ou est devenu) une formidable métaphore (« platonique », si le terme n’est pas ici déplacé). Sauf peut-être pour les initiés du tantrisme, lequel a croisé la route de la 3è voie du bouhhdisme, lui aussi ésotérique. Si mon hypothèse de ce soir est bonne, alors (pour parler clair) l’orgasme est réservé à une petite troupe d’élu(e)s … guidés par un guru profondément religieux … métaphore, encore, mais vécue – cette fois. Et de toutes façons, la relation sexuelle, orgasmique ou pas, se révélerait, en orient hindou/bouddhiste , de part en part traversée par la quête (et/ou la normativité) religieuse.
Dans tous les cas, leur érotisme et le nôtre est « pensé » de manière bien différente voire, aujourd’hui, antinomique (le christianisme pré post-moderne régulait fortement l’exercice conjugal de la sexualité ; alors que, par exemple, l’homosexualité, des hommes ou des femmes, ne posait pas de problème dans les textes du kâmasûtra originaire). Le christianisme et ses rigueurs se sont évanouies en occident ; l’hindouisme officiel, de son côté, s’est puritanisé. Si la sexualité et son exercice ne sont qu’une métaphore religieuse, et quand bien même cette métaphore serait partout exhibée, reste la question pendante de la jubilation réellement vécu au sein des couples hindous et leur usage du kâmasûtra – dont ils sont les seuls, en droit, à pénétrer tous les secrets philosophico-mystiques. Secret bien gardé.
Reste la métaphore … et aux occidentaux d’arracher à leur mystique cosmique millénaire les « positions » : boîte à outil où leur liberté sexuelle enfin conquise vient rajeunir leur envie de créativité amoureuse. Et leur soif de performance ? Il n’y a, à cette question, que de réponse purement individuelle. Dieu merci. Secret donc, là aussi – la commercialisation des positions mises à part … transposées de la sphère religieuse à la sphère … financière.






























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