mardi 27 juillet 2010

25/07 - J.4 - et dieu créa la femme népalaise



J’avais prévu de me rendre au durbar square de kathmandu, sans doute le plus haut lieu architectural de la capitale. Non pour les pagodes, les bouddhas et autres garuda, mais pour me laisser dériver dans les ruelles – à la recherche de coins cachés. Je ne me suis pas levé très tôt. Après avoir travaillé quelque peu, je décide de gueuletonner sur un toit-terrasse que je n’ai pas encore éprouvé, dans un angle un peu en retrait du square – en face du blue skye. De là, belle vue sur une partie des pagodes, et à l’abri du soleil.
Une fois installé, je me réjouis vite de cette vue : je constate rapidement le va et vient des femmes et enfants allant chercher puis ramenant, dans des bidons, des bouteilles, et surtout de superbes jarres dorées … l’eau potable aux sources publiques (on y accède par un escalier latéral ou un frontal – directement depuis le square – car les 3 fontaines sont beaucoup plus basses que le niveau de la place).




Je passe commande – un plat de nouilles. J’observe ; prends l’une ou l’autre photo. A la table de gauche vient alors s’installer un groupe. On parle anglais. Quelques asiatiques, une européenne et, comme y présidant, une népalaise aux longs cheveux noirs et de blanc vêtue. Au fur et à mesure,  dressant de temps à autre l’oreille, je constate qu’elle répond – et plutôt bien, et longuement, à toutes les questions de sa tablée. Serait-elle guide ? Si oui, sans doute une officielle car elle n'a ni le ton ni l'allure d'une bohémienne. Tout au long du repas, de temps à autre, j’essaye de savoir de quoi elle leur parle. Finalement, je me décide, lorsque le moment viendra, de lui demander moi aussi une audience.

En attendant mon repas, et observant de plus en plus le visage des femmes de tous âges qui viennent chercher l’eau pour la famille – tâche ingrate, au retour, les récipients sont lourds – une idée me vient tout à coup.  Au delà de leur labeur, me frappe la beauté, la grâce de ces femmes – enfants, jeunes filles en uniformes de collégiennes, mamans, … (il n’y a pas que celles qui vont chercher l’eau puisque cette rue est l’un des accès aux temples).

Je repense alors à ce qu’écrit le Routard sur le sort de ces népalaises victimes du commerce sexuel, vendues à des trafiquants indiens pour leurs bordels. En attendant d’en savoir davantage, voici ce que signale brièvement mon bon vieux guide : 200 000 népalaises (jeunes filles et femmes) « travailleraient » à l’heure actuelle dans les bordels indien, à mumbaï en particulier (pourquoi mumbaï?). Les rabatteurs opèrent partout, également dans les villages où ils promettent aux jeunes filles (ou à leurs parents) une vie meilleure. Certains parents vendent d’eux-mêmes leur fille ou petite fille … De 40 à 500 dollars. Elles seraient entre  5000 et 7000 à passer chaque année la frontière. Leur calvaire ne s'achève pas là. Si elles contractent une MST (sida, en général), elles sont renvoyées dans leur famille ... d'où elles sont chassées en raison de leur santé ... Des ONG locales tentent d’enrayer le trafic ; mais ni le gouvernement indien ni même le gouvernement népalais ne s’intéressent au problème …

Je me décide alors à faire de ce dimanche 25 juillet un « nepalese woman day ». Quelques photos en hommage à la grâce de cette beauté. Car dieu a créé la femme népalaise.

(Une partie des photos : ci-dessous. Je les ai regroupées, comme pour une galerie de photo en hommage à ces beautés – et je ne saurais distinguer le corps et l’âme.

Je prends mes dispositions et, en attendant la fin du repas, commence mon office depuis mon mirador. Vient le moment de partir. Je prépare ma carte de visite (je l’écris toujours à la main ; avant, c’était faute de moyens ; aujourd’hui, ça me permet de donner les seules infos utiles à mon interlocuteur) ; je me lève, me risque à interrompre la conversation de la guide – je suis assez fébrile car très timide. Je me présente ; lui demande si elle est guide – à quoi elle répond non dans un grand éclat de rire et je ne comprends pas pourquoi … Je sollicite néanmoins mon interview et un déjeuner ; elle est surprise mais accepte. Echange des cartes de visites. Bon sang … elle est responsable d’une association militant pour le droit des porteurs trek …

Encore sous l’émotion de ma timidité, mais heureux d’avoir « vaincu ma peur » comme disaient naguère mes enfants, je pars en quête d’un autre lieu d’où portraiturer la grâce népalaise : j’emprunte l’autre escalier descendant aux fontaines (« eau potable … pour les népalais », avaient précisé mon guide …) ; puis ailleurs, et encore ailleurs … la tâche est redoutable - comment saisir la grâce, en faire quelque chose avec mes pauvres pixels ?

Je rentre une minute à l’hôtel. L’une des jeunes filles qui y travaille est là. Or elle est d’une beauté stupéfiante avec ses longs cheveux noirs ; une douceur grave sur le visage et dans les gestes lents et posés. Depuis le premier jour je souhaitais la prendre en portrait mais n’osait pas la solliciter. Or hier matin elle m’avait demandé si je souhaitais qu’on fasse le ménage de la chambre – j’avais répondu oui … Fort à présent de ce premier contact établi, je fais ma proposition à la jeune fille et sa collègue. Elles acceptent toutes deux avec grâce.

Je repars. Je ne sais plus quand, je remarque, assise au sol, une femme magnifique, les cheveux sous un voile vert, une tika sur le front. Elle est un peu loin, je la photographie et je m’arrange pour qu’elle me voie ; elle se lève immédiatement – je la reconnais : un jour passé, elle avait voulu me vendre des bracelets et j’avais refusé. L’occasion fait le laron. J’accède à sa proposition mais je lui indique quel type de bracelet je recherche. Elle n’en a pas mais va aller en quérir dans une boutique. Rendez-vous est pris pour l’heure à suivre. Je continue mon parcours, sillonnant le square sous tous les angles. Je m’assieds, j’observe, j’attends, j’oberve … la photo, c'est l'art du "sit & watch". 


Ma belle népalaise revient avec, entre les mains, des bracelets protégés par un tissu. ‘Las, ce n’est pas ce que je cherche. Une de ses copines s’approche alors et, ayant entendu ma demande – et ma petite déception – m’entraîne vers son propre étal – je suis un peu gêné pour ma copine. Dieu merci, l’étal ne montre absolument rien qui m’intéresse. De retour sur le square avec Djuni – puisque je lui ai demandé son nom – je lui demande la permission de la prendre en portrait. Elle accepte. Je la fais asseoir adossée sur les marches d'un temple de pierres. 3 clic-clacs.


Djuni m’a saisi par sa beauté certes, mais par sa grâce surtout : de petite taille, elle a un maintient droit, une dignité, une intelligence dans les yeux qu’elle a de très grands ouverts sur la vie, des yeux à plonger dedans, des yeux qui s’ouvrent sur l’abîme de ses secrets. Il est 18h, elle doit partir chercher son fils. Elle me dit habiter dans le quartier du Maha Bouddha. Comme je ne peux lui acheter de bracelet – elle me dit qu’elle ne sait pas où trouver ce que je cherche – je lui propose une autre façon de se faire un peu de tunes : accepter que je la prenne encore, elle et sa bande de copines, en photo. Nous convenons de nous retrouver à 17h,  après demain – le 27 – près de la porte dorée du palais royal pour monter le coup – et discuter honoraires. Je pensais qu’elle était gypsie ou quelque chose du genre (car son allure me rappelle les gitanes de pushkar) mais elle me dit que non – et elle semble avoir sa propre demeure. Je me réjouis d’être le 27, 17h – car mon idée est de faire du portrait en intérieur.

Djuni partie, je reprends mon travail. Je me poste alors sur un trottoir de l’axe commercial. J’aimerais capter une de ces jeunes amazones casquées de noire sur leur engin moteur. J’attends, je cherche du regard. En voici une. A l’arrêt mais tant pis. Shoot. Une autre, un peu plus loin, à l’arrêt aussi. Shoot. Mais trop loin.

Dans mon dos des marchandes ; l’une d’elle avec un bébé. Je sollicite l’autorisation de les prendre en photo. Acceptation. Shoot, et rires.

Je dois encore me rendre à un guichet western union. J’en aperçois un, loin sur l’axe. J’entre … le marchand me dit qu’il faut passer par l’impasse à côté et entrer, monter au premier. J’arrive dans des locaux qui sont comparables à ceux d’une banque mais je tombe par terre en voyant l’hôtesse d’accueil – quel visage … je tente désespérément de surmonter ma timidité et ma fébrilité ; elle m’apprend que le guichet est fermé depuis 15h … j’hésite … je sors dans le couloir mais là, je prépare mon appareil (je DOIS faire demi-tour ...) – sensibilité, ouverture … je sais que je vais devoir faire vite. Je me retourne et demande à ma shéraazade des finances si elle accepte que je la prenne en portrait. Elle s’émeut en souriant – tout ça sous le regard des collègues mecs, bien sûr, mais ce n’est pas eux qui m’intimident, c’est sa beauté à elle ; je l’intimide tout autant. Je lui montre le portrait que je viens de faire de la petite fille de la marchande ; je sens qu’elle est d’accord : je cadre, le plus lentement possible … (je n’aurai pas de deuxième chance)...  je vise ... (j'essaye de ne pas trembler) ... bip de l’autofocus ... un seul shoot … Je lui montre la photo, elle paraît contente (et reste un peu héberluée de mon audace ... et moi aussi). Moi je sors et je ne sais plus comment j’ai retrouvé mon chemin. Mais j’ai hâte de voir cet ange sur l’écran de mon Apple.

La pénombre vient peu à peu ; je me mets à un nouvel angle du square. Et là, spectacle ! je vois débarquer près de moi un authentique groupe de toutous, typique de chez typique (ils ont tous le badge d’accès, le bermuda, les lunettes noire, la casquette, le petit sac à dos, l’appareil à la main, prêt au tir). Alors comme un vol de pigeons armés de mitrailleuses numériques, les voilà qui s’abattent sur la place, prenant les clichés avant même d’avoir vu et regardé la moindre pagode (oui, oui, j’ai observé la stratégie ; je les ai même pris en photo. Des bœufs dans un étal de porcelaine.

Je suis prodigieusement ému par cette journée et ces visages … des heures durant je n’ai fait que regarder tout qui était de sexe féminin : bébés, enfants, jeunes filles, femmes, mamy’s … de toutes conditions, assises, marchant, jouant, méditant, devisant, … Oui, que de beautés, dieu a bien créé la femme népalaise.

Mourant de faim, je retourne dans ce resto où les klaxons mangent avec vous dans l’assiette. Le serveur me reconnaît, il sait déjà ce que je vais commander : massala tea et chicken curry version menu. Zou. Même délice …

Je me hâte de rentrer dans mon sanctuaire. Dans mon labo.

Je veux les rendre encore plus belles et j’ai alors la faible idée de ce que doivent ressentir les Dior, Saint-Laurent et autres … c’est palpitant et émouvant.

Je réalise aussi que je dois encore davantage vaincre mes pudeurs, oser la sollicitation – certaines népalaises (je l’ai constaté en observant d’autres touristes) sont très farouches face à l’objectif. Mais le résultat est au rendez-vous.

Quelle étrange affaire que la photo … mais je regrette moins que jamais d’avoir toujours été fasciné par les visages. Mais un visage ... quelle exigence ...


(NB : pour une raison technique incompréhensible, impossible de charger des photos dans le message du 24/07)


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